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EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE
CHRISTIFIDELES LAICI
DE SA SAINTETÉ LE PAPE
JEAN-PAUL II
SUR LA VOCATION
ET LA MISSION DES LAÏCS
DANS L’ÉGLISE ET DANS LE MONDE
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PLAN 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64
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Aux Évêques Aux prêtres et aux diacres Aux religieux et religieuses À tous les fidèles laïcs
INTRODUCTION
01. LES FIDÈLES LAÏCS (Christifideles laici), dont la "vocation et la mission dans l’Église et dans le monde vingt ans après le Concile Vatican II" a été le thème de l’assemblée générale du Synode des Évêques en 1987, appartiennent au Peuple de Dieu, représenté par les ouvriers de la vigne, dont parle Saint Matthieu dans son Évangile : "Le royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur un salaire d’une pièce d’argent pour toute la journée et il les envoya à sa vigne" (Mt 20,1-2).
La parabole évangélique met sous nos yeux l’immense vigne du Seigneur, et la foule des personnes, hommes et femmes, qu’Il appelle et qu’Il envoie y travailler. La vigne, c’est le monde entier (cf. Mt 13,38), qui doit être transformé selon le dessein de Dieu, en vue de l’avènement définitif du Royaume de Dieu.
Allez, vous aussi, à ma vigne
02. "Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit : "Allez, vous aussi, à ma vigne"" (Mt 20,3-4).
L’appel du Seigneur Jésus ne cesse de se faire entendre depuis ce jour lointain de notre histoire : il s’adresse à tout homme venu en ce monde.
De nos jours, dans une effusion renouvelée de l’Esprit de la Pentecôte, arrivée avec le Concile Vatican II, l’Église a vu mûrir en elle un sentiment plus vif de son caractère missionnaire et, dans un mouvement d’obéissance généreuse, elle a de nouveau écouté la voix du Seigneur qui l’envoie dans le monde comme "le sacrement universel du salut"[01].
Allez, vous aussi
L’appel ne s’adresse pas seulement aux Pasteurs, aux prêtres, aux religieux et aux religieuses ; il s’étend à tous : les fidèles laïcs, eux aussi, sont appelés personnellement par le Seigneur, de qui ils reçoivent une mission pour l’Église et pour le monde. Saint Grégoire le Grand le rappelle, lorsque, prêchant au peuple chrétien, il commente la parabole des ouvriers de la vigne : "Examinez donc un peu, mes frères, votre mode de vie, et vérifiez bien si déjà vous êtes des ouvriers du Seigneur. Que chacun juge ce qu’il fait et se rende compte s’il travaille dans la vigne du Seigneur"[02].
Fort de son inestimable patrimoine doctrinal, spirituel et pastoral, le Concile a écrit des pages vraiment merveilleuses sur la nature, la dignité, la spiritualité, la mission, la responsabilité des fidèles laïcs. Et les Pères conciliaires, en écho à l’appel du Christ, ont appelé tous les fidèles laïcs, hommes et femmes, à travailler à sa vigne : "Le Saint Concile adjure avec force au nom du Seigneur tous les laïcs de répondre volontiers, avec élan et générosité, à l’appel du Christ qui, en ce moment même, les invite avec plus d’insistance, et à l’impulsion de l’Esprit Saint. Que les jeunes réalisent bien que cet appel s’adresse très particulièrement à eux, qu’ils le reçoivent avec joie et de grand cœur. C’est le Seigneur Lui-même qui, par le Concile, presse à nouveau tous les laïcs de s’unir plus intimement à Lui de jour en jour et de prendre à cœur ses intérêts comme leur propre affaire (cf. Ph 2,5), de s’associer à sa mission de Sauveur ; Il les envoie encore une fois en toute ville et en tout lieu ou Il doit aller Lui-même (cf. Lc 10,1)"[03].
Allez, vous aussi, à ma vigne.
Ces paroles ont aussi résonné spirituellement pendant tout le déroulement du Synode des Évêques, qui s’est tenu à Rome du ler au 30 octobre 1987. Reprenant les pistes du Concile et éclairés par les expériences personnelles et communautaires de toute l’Église, les Pères, riches en outre de l’apport des Synodes précédents, ont étudié, de façon approfondie, "la vocation et la mission des laïcs dans l’Église et le monde, vingt ans après le Concile Vatican II".
Cette Assemblée comprenait des représentants qualifiés des fidèles laïcs, hommes et femmes, qui ont apporté une contribution précieuse aux travaux du Synode. L’homélie de clôture l’a explicitement reconnu : "Nous remercions le Seigneur de ce que, au cours de ce Synode, nous avons pu avoir non seulement la joie de la participation des laïcs (auditeurs et auditrices), mais plus encore de ce que le déroulement des discussions nous a permis d’entendre la voix des invités, les représentants du laïcat provenant de toutes les parties du monde, de différents pays. Cela nous a permis de profiter de leurs expériences, de leurs conseils et de leurs suggestions inspirés par leur amour pour la cause commune"[04].
Le regard fixé sur l’après-Concile, les Pères synodaux ont pu constater de quelle façon l’Esprit a continué de rajeunir l’Église, en suscitant en elle de nouvelles énergies de sainteté avec la participation de nombreux fidèles laïcs. Nous en trouvons un témoignage, entre autres, dans le nouveau style de collaboration entre prêtres, religieux et fidèles laïcs ; dans la participation active à la liturgie, à l’annonce de la parole de Dieu, à la catéchèse ; dans les multiples services et tâches confiés aux fidèles laïcs, qui les ont si bien assurés ; dans la floraison vigoureuse de groupes, d’associations, de mouvements de spiritualité et d’engagement ; dans la participation plus large et plus marquée des femmes à la vie de l’Église et au développement de la société.
Dans le même temps, le Synode ne manquait pas de noter que le chemin post-conciliaire des fidèles laïcs n’a pas été sans difficultés ni dangers. Dans le concret, on peut rappeler deux tentations auxquelles ils n’ont pas toujours su échapper : la tentation de se consacrer avec un si vif intérêt aux services et aux tâches d’Église, qu’ils en arrivent parfois à se désengager pratiquement de leurs responsabilités spécifiques au plan professionnel, social, économique, culturel et politique ; et, en sens inverse, la tentation de légitimer l’injustifiable séparation entre la foi et la vie, entre l’accueil de l’Évangile et l’action concrète dans les domaines temporels et terrestres les plus divers.
Au cours de ses travaux, le Synode a fait sans cesse référence au Concile Vatican II, dont l’enseignement touchant le laïcat, à vingt ans de distance, a paru d’une actualité surprenante, et parfois d’une portée prophétique : un tel enseignement est capable d’éclairer et d’inspirer les réponses qui doivent être données aujourd’hui aux nouveaux problèmes. En vérité, le défi que les Pères synodaux ont relevé a été celui de bien tracer les routes précises afin que la splendide "théorie" sur le laïcat, formulée par le Concile, puisse devenir une authentique "pratique" ecclésiale. D’un autre côté, certains problèmes s’imposent par un certain caractère de "nouveauté" ; au point qu’on peut les qualifier de post-conciliaires, au moins dans un sens chronologique : à ces problèmes, les Pères ont à juste titre réservé une attention toute spéciale au cours de leurs discussions et réflexions. Parmi ces problèmes, il faut mentionner ceux qui concernent les ministères et les services ecclésiaux confiés déjà ou qui seront à confier à des fidèles laïcs, la diffusion et la croissance de nouveaux "mouvements" à côté d’autres formes d’associations de laïcs, la place et le rôle de la femme autant dans l’Église que dans la société.
Au terme de leurs travaux menés avec zèle, compétence et générosité, les Pères du Synode m’ont manifesté leur désir et leur souhait qu’en temps opportun, je présente à l’Église universelle un document de conclusion sur le laïcat chrétien[05].
Cette Exhortation Apostolique Post-synodale veut donc faire ressortir toute la valeur des travaux du Synode, depuis les Lineamenta jusqu’à l’Instrumentum laboris, depuis la relation d’introduction jusqu’aux interventions de chacun des évêques et des laïcs et jusqu’au rapport de synthèse après la discussion en assemblée, depuis les discussions et les relations des "circuli minores" jusqu’aux "propositiones" et au Message final. Le présent document ne se situe donc pas en marge du Synode ; il en constitue au contraire l’expression à la fois cohérente et fidèle ; il est le fruit d’un travail collégial, dont la dernière étape a été la rédaction d’un exposé à laquelle ont contribué le Conseil du Secrétariat Général du Synode et le Secrétariat lui-même.
Susciter et alimenter une prise de conscience plus nette du don et de la responsabilité que tous les fidèles laïcs ont dans la communion et la mission de l’Église, tel est le but de notre Exhortation.
Les urgences actuelles du monde : pourquoi donc restez-vous là, toute la journée, à ne rien faire ?
03. Le sens fondamental de ce Synode, et donc son fruit le plus précieux et désiré, c’est de porter les fidèles laïcs à écouter le Christ qui les appelle à travailler à sa vigne et à prendre une part très vive, consciente et responsable à la mission de l’Église, en ce moment magnifique et dramatique de l’histoire, dans l’imminence du troisième millénaire.
Des situations nouvelles, dans l’Église comme dans le monde, dans les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles, exigent aujourd’hui, de façon toute particulière, l’action des fidèles laïcs. S’il a toujours été inadmissible de s’en désintéresser, présentement c’est plus répréhensible que jamais. Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire.
Revenons à la lecture de la parabole évangélique : "Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : "Pour quoi êtes-vous restés là, toute la journée, à ne rien faire ?". Ils lui répondirent : "Parce que personne ne nous a embauchés". Il leur dit : "Allez, vous aussi, à ma vigne"" (Mt 20,6-7).
Il n’y a pas de place pour l’inaction, lorsque tant de travail nous attend tous dans la vigne du Seigneur. Le "maître du domaine" répète avec plus d’insistance encore : "Allez, vous aussi, à ma vigne".
La voix du Seigneur résonne certainement en chaque chrétien, au plus profond de son être. Chacun, en effet, est configuré au Christ par la foi et les sacrements de l’initiation chrétienne, est inséré comme un membre vivant dans l’Église, et est sujet actif de sa mission de salut. La voix du Seigneur se transmet aussi à travers les événements de l’histoire de l’Église et de l’humanité, comme nous le rappelle le Concile : "Mû par la foi, se sachant conduit par l’Esprit du Seigneur qui remplit l’univers, le Peuple de Dieu s’efforce de discerner dans les événements, les exigences et les aspirations de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu. La foi, en effet, éclaire toutes choses d’une lumière nouvelle et nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme, orientant ainsi l’esprit vers des solutions pleinement humaines"[06].
Il faut donc regarder en face ce monde qui est le nôtre, avec ses valeurs et ses problèmes, ses soucis et ses espoirs, ses conquêtes et ses échecs : un monde dont les conditions économiques, sociales, politiques et culturelles présentent des problèmes et des difficultés encore plus graves que celles décrites par le Concile dans la Constitution pastorale Gaudium et spes [07]. De toute manière, c’est là la vigne, c’est là le terrain sur lequel les fidèles laïcs sont appelés à vivre leur mission. Jésus veut pour eux, comme pour tous ses disciples, qu’ils soient le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5,13-14).
Mais quel est donc le visage actuel de la "terre" et du "monde", dont les chrétiens doivent être le "sel" et la "lumière" ?
Très grande est la diversité des situations et des façons de poser les problèmes dans le monde d’aujourd’hui, caractérisé en outre par un mouvement accéléré de mutation. C’est pourquoi il faut se garder absolument de généralisations et de simplifications abusives. Il est toutefois possible de noter certaines lignes de tendances qui se font jour dans la société actuelle. De même que dans le champ évangélique l’ivraie et le bon grain poussent simultanément, ainsi dans l’histoire, théâtre quotidien de la liberté humaine, se rencontrent côte à côte et parfois étroitement enlacés entre eux le bien et le mal, l’injustice et la justice, l’angoisse et l’espoir.
Sécularisme et besoin religieux
04. Comment ne pas penser à la diffusion persistante de l’indifférence religieuse et de l’athéisme sous ses formes les plus variées, en particulier sous la forme, aujourd’hui peut-être la plus répandue, du sécularisme ? Enivré des conquêtes prodigieuses d’un développement scientifico-technique que rien n’arrête, et surtout envoûté par la tentation la plus ancienne et toujours nouvelle, celle de vouloir se faire l’égal de Dieu (cf. Gn 3,5) grâce à l’usage d’une liberté sans frein, l’homme se coupe de ses racines religieuses les plus profondes : il oublie Dieu, il estime que Dieu n’a aucun sens dans son existence, il le rejette pour se prosterner en adoration devant les "idoles" les plus variées.
Ce sécularisme actuel est en vérité un phénomène très grave : il ne touche pas seulement les individus, mais en quelque façon des communautés entières, comme déjà le notait le Concile : "Des multitudes sans cesse plus denses s’éloignent en pratique de la religion"[08]. Moi même je l’ai répété souvent : le phénomène de la sécularisation frappe les peuples qui sont chrétiens de vieille date, et ce phénomène réclame, sans plus de retard, une nouvelle évangélisation.
Et pourtant, l’aspiration et le besoin de la religion ne peuvent mourir totalement. La conscience de chaque homme, quand il a le courage d’affronter les questions les plus graves de l’existence humaine, en particulier la question du sens de la vie, de la souffrance et de la mort, ne peut pas hésiter à faire sienne cette parole de vérité que proclamait Saint Augustin : "Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose pas en Toi"[09]. C’est ainsi que le monde actuel porte témoignage, sous des formes toujours plus vastes et plus vives, de l’ouverture à une vision spirituelle et transcendante de la vie, du réveil de la recherche religieuse, du retour au sens du sacré et à la prière, de l’exigence de la liberté d’invoquer le Nom du Seigneur.
La personne humaine : sa dignité piétinée et exaltée
05. Pensons encore aux nombreuses violations infligées aujourd’hui à la dignité de la personne humaine. Quand il n’est pas reconnu et aimé dans sa dignité d’image vivante de Dieu (cf. Gn 1,26), l’être humain est exposé aux formes les plus humiliantes et aberrantes d’"instrumentalisation", qui le rendent misérablement esclave du plus fort. Et ce "plus fort" peut prendre des figures diverses : idéologie, pouvoir économique, systèmes politiques inhumains, technocratie scientifique, invasion des "mass-media". Une fois encore, nous nous trouvons ici en face d’une foule de personnes, qui sont nos frères et sœurs, dont les droits fondamentaux sont violés, parfois en conséquence de l’excessive tolérance ou même de l’injustice patente de certaines lois civiles : le droit à la vie et à l’intégrité du corps, le droit à un toit et au travail, le droit à la famille et à la procréation responsable, le droit à la participation à la vie publique et politique, le droit à la liberté de conscience et de profession de sa foi religieuse.
Qui peut dénombrer les enfants qui n’ont pas vu le jour, parce que tués dans le sein de leur mère, les enfants abandonnés, ou maltraités par les parents eux-mêmes, les enfants qui grandissent privés d’affection et d’éducation ? En certains pays, des populations entières n’ont ni maison ni travail, et manquent des moyens indispensables pour mener une existence digne d’êtres humains. De terribles îlots de pauvreté et de misère, physique et morale à la fois, sont désormais fixés au pourtour des métropoles et frappent mortellement des groupes humains entiers.
Mais le caractère sacré de la personne ne saurait être réduit à néant, encore qu’il soit trop souvent méprisé et violé : son fondement inébranlable, c’est le Dieu Créateur et Père ; aussi le caractère sacré de la personne continue-t-il de s’imposer encore et toujours.
De là procède la diffusion toujours plus vaste comme aussi l’affirmation toujours plus forte du sens de la dignité personnelle de tout être humain. Un courant bienfaisant désormais parcourt et envahit tous les peuples de la terre, qui ont pris davantage conscience de la dignité de l’homme : l’homme n’est absolument pas une "chose" ou un "objet" qu’on peut utiliser, mais il est toujours et uniquement un "sujet" doué de conscience et de liberté, appelé à vivre de façon responsable dans la société et dans l’histoire, ordonné à des valeurs spirituelles et religieuses.
On a affirmé que notre temps est le temps des "humanismes" : quelques-uns de ces humanismes, d’inspiration athée et séculière, en viennent paradoxalement à amoindrir et anéantir l’homme ; d’autres humanismes, au contraire, l’exaltent jusqu’à déboucher sur des formes de véritable idolâtrie ; d’autres, enfin, reconnaissent, conformément à la vérité, la grandeur et la misère de l’homme, et ils mettent en évidence, soutiennent et favorisent sa dignité totale.
Un signe et un résultat de ces courants humanistes peuvent se reconnaître dans le besoin grandissant de participation. C’est là, de toute évidence, un des traits distinctifs de l’humanité actuelle, un véritable "signe des temps" qui mûrit en divers domaines et diverses directions : en ce qui concerne surtout les femmes et le monde des jeunes, en direction de la vie familiale et scolaire, mais aussi dans le monde culturel, économique, social et politique. Jouer un rôle, être en quelque façon créateur d’une nouvelle culture humaniste, est une exigence, tout à la fois universelle et individuelle[10].
Conflictualité et paix
06. Nous ne pouvons pas, enfin, oublier un autre phénomène qui marque l’humanité moderne : plus qu’à aucun autre moment de son histoire, l’humanité est aujourd’hui frappée et ébranlée par la conflictualité. Il s’agit d’un phénomène aux formes multiples, qui se distingue du pluralisme légitime des mentalités et des initiatives, et qui se manifeste dans une néfaste opposition des personnes, des groupes, des catégories, des nations et des blocs de nations. Cette opposition prend les formes de la violence, du terrorisme, de la guerre. Une fois encore, mais dans des proportions énormément amplifiées, certaines portions de l’humanité d’aujourd’hui, parce qu’elles veulent faire montre de leur "toute-puissance", renouvellent la folle expérience de la construction de la "tour de Babel" (cf. Gn 11,1-9) ; or, cette expérience engendre la confusion, la lutte, la désintégration et l’oppression. La famille humaine est par là bouleversée et déchirée de façon dramatique.
En contrepartie, se manifeste avec une vigueur irrépressible l’aspiration de chaque homme et des peuples au bien inestimable de la paix dans la justice. La béatitude "Bienheureux les artisans de paix" (Mt 5,9) trouve chez les hommes de notre temps un écho nouveau et bien significatif : pour l’avènement de la paix et de la justice, aujourd’hui, des générations entières vivent, souffrent et travaillent. La participation croissante des personnes et des groupes à la vie de la société est le chemin qu’on prend aujourd’hui de plus en plus pour que la paix se transforme de désir en une réalité. Sur ce chemin, nous rencontrons grand nombre de fidèles laïcs engagés avec générosité sur le terrain social ou politique, sous les formes les plus variées, que ce soit dans les institutions, ou comme coopérateurs bénévoles et en service auprès des plus humbles.
Jésus-Christ, espérance de l’humanité
07. Tel est l’immense chantier qui s’offre aux yeux de ceux que le "Maître du domaine" envoie travailler à sa vigne.
Sur ce chantier, l’Église est présente et agissante, l’Église, c’est-à-dire nous tous, pasteurs et fidèles, prêtres, religieux et laïcs. Les situations que nous venons d’évoquer touchent l’Église : par ces situations, l’Église se trouve en partie conditionnée ; cependant elle n’en est pas écrasée, encore moins terrassée, parce que l’Esprit Saint, qui est l’âme de l’Église, la soutient dans sa mission.
L’Église n’ignore pas que tous les efforts soutenus par l’humanité en vue de la communion et de la participation, en dépit des difficultés, des ralentissements, des contradictions de tout genre, provoqués par les limites de l’homme, par le péché et par le Mauvais, obtiennent une réponse parfaite dans l’intervention de Jésus-Christ, Rédempteur de l’homme et du monde.
L’Église sait parfaitement qu’elle a été envoyée par Lui comme "le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain"[11].
En dépit de toute chose, par conséquent, l’humanité peut espérer, doit espérer : Évangile vivant et personnel, Jésus-Christ Lui-même est la "Nouvelle" toute neuve, porteuse de joie, que l’Église chaque jour nous annonce et dont elle porte témoignage à tous les hommes.
Dans la transmission de cette annonce et dans la présentation de ce témoignage, les fidèles laïcs occupent une place originale et irremplaçable : par eux, l’Église du Christ est présente dans les secteurs les plus variés du monde, comme signe et source d’espérance et d’amour.
CHAPITRE I : JE SUIS LA VIGNE, VOUS ÊTES LES SARMENTS
La dignité des fidèles laïcs dans l’Église-Mystère
Le mystère de la vigne
08. L’image de la vigne est utilisée dans la Bible de multiple façon et avec diverses significations : en particulier, elle sert à exprimer le mystère du Peuple de Dieu. Dans cette perspective plus intérieure, les fidèles laïcs ne sont pas simplement les ouvriers qui travaillent à la vigne, mais ils sont une partie même de la vigne : "Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments" (Jn 15,5), dit Jésus.
Déjà dans l’Ancien Testament, les prophètes, quand ils veulent parler du peuple élu, recourent à l’image de la vigne. Israël est la vigne de Dieu, l’ouvrage du Seigneur, la joie de son cœur : "Je t’avais plantée comme une vigne de choix" (Jr 2,21) ; "Ta mère ressemblait à une vigne plantée au bord de l’eau. Elle était féconde et feuillue grâce à l’abondance de l’eau" (Ez 19,10) ; "Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux. Il en retourna la terre et en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité..." (Is 5,1-2).
Jésus reprend le symbole de la vigne, et Il l’emploie pour révéler certains aspects du Royaume de Dieu : "Un homme planta une vigne, il l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir, et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage" (Mc 12,1 cf. Mt 21,28 cf. suiv.).
L’évangéliste Jean nous invite à aller encore plus profond et il nous introduit à la découverte du mystère de la vigne : elle est le symbole et la figure non seulement du peuple de Dieu, mais de Jésus Lui-même. Lui, Jésus, est le cep de vigne, et nous, les disciples, nous en sommes les sarments ; Lui est la "vraie vigne", à laquelle, pour vivre, sont unis les sarments (cf. Jn 15,1 cf. et suiv.).
Le Concile Vatican II, reprenant les différentes images bibliques qui éclairent le mystère de l’Église, propose de nouveau l’image de la vigne et des sarments : "La vigne véritable, c’est le Christ ; c’est Lui qui donne vie et fécondité aux rameaux que nous sommes : par l’Église nous demeurons en Lui, sans qui nous ne pouvons rien faire (Jn 15,1-5)"[12]. C’est l’Église elle-même, donc, qui est le vignoble évangélique.
Elle est mystère parce que l’amour et la vie du Père, du Fils et de l’Esprit Saint sont le don absolument gratuit offert à tous ceux qui sont nés de l’eau et de l’Esprit (cf. Jn 3,5), appelés à vivre la communion même de Dieu, à la manifester et à la communiquer dans l’histoire (mission) : "En ce jour, dit Jésus, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous" (Jn 14,20).
Désormais, c’est seulement à l’intérieur du mystère de l’Église comme mystère de communion que se révèle "l’identité" des fidèles laïcs, leur dignité originelle. Et c’est seulement à l’intérieur de cette dignité que peuvent se définir leur vocation et leur mission dans l’Église et dans le monde.
Qui sont les fidèles laïcs ?
09. Les Pères du Synode ont très justement noté la nécessité de déterminer et de proposer une description positive de la vocation et de la mission des fidèles laïcs, grâce à une étude approfondie de la doctrine du Concile Vatican II, à la lumière des plus récents documents du Magistère et de l’expérience de la vie de l’Église, elle-même guidée par l’Esprit Saint[13].
Pour répondre à la question "qui sont les fidèles laïcs ?", le Concile a refusé la solution facile d’une définition négative et s’est ouvert à une vision nettement positive ; il a manifesté son intention fondamentale en affirmant la pleine appartenance des fidèles laïcs à l’Église et à son mystère, et le caractère particulier de leur vocation, dont le propre est, d’une manière particulière, de "chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu"[14]. "Sous le nom de laïcs ainsi s’exprime la Constitution Lumen gentium on entend ici l’ensemble des chrétiens qui ne sont pas membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu par l’Église, c’est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien"[15].
Déjà Pie XII affirmait : "Les fidèles, et plus précisément les laïcs, se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Église ; par eux, l’Église est le principe vital de la société humaine. C’est pourquoi, eux surtout, doivent avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Église, mais d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la terre, sous la conduite du Chef commun, le Pape, et des Évêques en communion avec lui. Ils sont l’Église" [16].
Conformément à l’image biblique de la vigne, les fidèles laïcs, comme tous les membres de l’Église, sont des sarments, branchés sur le Christ, qui est Lui, la vraie vigne, et c’est par Lui qu’ils sont rendus vivants et donneurs de vie.
L’insertion dans le Christ au moyen de la foi et des sacrements de l’initiation chrétienne est la racine première qui crée la nouvelle condition du chrétien dans le mystère de l’Église, qui constitue sa "physionomie" la plus profonde, qui est à la base de toutes les vocations et du dynamisme de la vie chrétienne des fidèles laïcs : en Jésus-Christ mort et ressuscité, le baptisé devient une "créature nouvelle" (Ga 6,15 2Co 5,17), une créature purifiée du péché et vivifiée par la grâce.
Ainsi donc, ce n’est que par l’exploitation des mystérieuses richesses que Dieu donne aux chrétiens dans le baptême qu’on peut dessiner la "figure" du fidèle laïc.
Le Baptême et la nouveauté chrétienne
10. Il n’est pas excessif de dire que la vie entière du fidèle laïc a pour but de le porter à connaître la radicale nouveauté chrétienne qui découle du Baptême, sacrement de la foi, pour qu’il puisse en vivre les obligations selon la vocation que Dieu lui a fixée. Pour dessiner la "figure" du fidèle laïc, examinons de façon plus directe et explicite, entre autres, les aspects fondamentaux suivants : Le Baptême nous fait naître à la vie d’enfants de Dieu ; il nous unit à Jésus-Christ et à son Corps qui est l’Église ; il nous confère l’onction dans l’Esprit Saint en faisant de nous des temples spirituels.
Enfants de Dieu dans le Fils unique
11. Souvenons-nous des paroles de Jésus à Nicodème : "Oui, vraiment, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, on ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu" (Jn 3,5).Le baptême est donc une nouvelle naissance, c’est une régénération.
C’est précisément en pensant à cet aspect du don du baptême que l’apôtre Pierre entonne ce chant : "Béni soit Dieu, le Père de Jésus-Christ notre Seigneur ; dans sa grande miséricorde, Il nous a fait renaître, grâce à la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement" (1P 1,3-4).Et il donne le nom de chrétien à ceux que Dieu "a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure" (1P 1,23).
Par le baptême chrétien nous devenons fils ou filles de Dieu, dans son Fils unique, Jésus-Christ. Au sortir des eaux des fonts baptismaux, chaque chrétien entend à nouveau la voix qui fut entendue un jour sur les rives du Jourdain : "Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur" (Lc 3,22), et il comprend ainsi qu’il a été associé au Fils bien-aimé, en devenant fils adoptif (cf. Ga 4,4-7) et frère du Christ. Ainsi se réalise dans l’histoire de chaque homme l’éternel dessein de Dieu : "Ceux qu’Il connaissait par avance, Il les a aussi destinés à être l’image de son Fils, pour faire de ce Fils l’aîné d’une multitude de frères" (Rm 8,29).
C’est l’Esprit Saint qui fait que les baptisés sont fils ou filles de Dieu et en même temps membres du Corps du Christ. Saint Paul le rappelle aux chrétiens de Corinthe : "Nous avons tous été baptisés dans l’unique Esprit, pour former un seul corps" (1Co 12,13), de sorte que l’Apôtre peut dire à ses fidèles laïcs : "Vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps" (1Co 12,27) ; "et voici la preuve que vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs" (Ga 4,6 cf. Rm 8,15-16).
Un seul corps dans le Christ
12. Régénérés comme "fils dans le Fils", les baptisés sont inséparablement "membres du Christ et membres du corps de l’Église", comme nous l’enseigne le Concile de Florence[17].
Le Baptême signifie et produit une incorporation mystique mais réelle au Corps crucifié et glorieux de Jésus. Par le moyen du sacrement, Jésus unit le baptisé à sa mort pour l’unir à sa résurrection (cf. Rm 6,3-5), le dépouille du "vieil homme" et le revêt de "l’homme nouveau", c’est-à-dire de Lui-même : "Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ proclame l’apôtre Paul vous vous êtes revêtus du Christ" (Ga 3,27 cf. Ep 4,22-24 Col 3,9-10). De là découle que "tout en étant nombreux, nous formons un seul corps dans le Christ" (Rm 12,5).
Nous retrouvons, dans les paroles de Paul, l’écho fidèle de l’enseignement de Jésus Lui-même : Il nous a, en effet, révélé la mystérieuse unité de ses disciples avec Lui et entre eux, la présentant comme l’image et le prolongement de cette secrète communion qui lie le Père au Fils et le Fils au Père dans le lien d’amour de l’Esprit (cf. Jn 17,21). C’est de cette même unité que parle Jésus en utilisant l’image de la vigne et des sarments : "Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments" (Jn 15,5), une image qui met en lumière non seulement l’intimité profonde des disciples avec Jésus, mais aussi la communion de vie des disciples entre eux : tous, sarments de l’unique Vigne.
Temples vivants de l’Esprit Saint
13. À l’aide d’une autre image, celle d’un édifice, l’apôtre Pierre définit les baptisés comme des "pierre vivantes" fondées sur le Christ, qui est Lui la "pierre angulaire" ; et ils sont destinés à la "construction d’un édifice spirituel" (1P 2,5 cf. suiv.). Cette image nous introduit à un autre aspect de la nouveauté du baptême que le Concile Vatican II présente en ces termes : "Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle"[18].
L’Esprit Saint "oint" le baptisé, Il imprime sur lui un sceau indélébile (cf.2Co 1,21-22), et Il le constitue temple spirituel, c’est-à-dire qu’Il le remplit de la sainte présence de Dieu grâce à l’union et à la conformité avec Jésus-Christ.
Fort de cette "onction" spirituelle, le chrétien peut, à sa manière, répéter les paroles de Jésus : "L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’Il m’a consacré par l’onction ; Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers leur libération et aux aveugles le retour de la vue, remettre en liberté les opprimés et proclamer une année de grâce du Seigneur" (Lc 4,18-19 cf. Is 61,1-2). Ainsi, par l’effusion du Baptême et de la Confirmation, le baptisé participe à la mission même du Christ Jésus, le Messie Sauveur.
Participants a la fonction sacerdotale, prophétique et royale de Jésus-Christ
14. S’adressant aux baptisés comme à des "enfants qui viennent de naître", l’apôtre Pierre écrit : "Approchez-vous de Lui : Il est la pierre vivante, que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu’il en connaît la valeur. Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus... Oui, c’est vous qui êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière..." (1P 2,4-5 1P 2,9).
C’est là un nouvel aspect de la grâce et de la dignité du baptême : les fidèles laïcs participent, pour leur part, à la triple fonction de Jésus-Christ : sacerdotale, prophétique et royale. C’est un aspect qui, certes, n’a jamais été négligé par la tradition vivante de l’Église, comme on le voit, par exemple, dans l’explication du Psaume 26 que nous présente Saint Augustin : "David reçut l’onction royale. En ce temps-là, il n’y avait à la recevoir que le roi et le prêtre. Ces deux personnes préfiguraient le futur roi-prêtre unique, le Christ (le mot "Christ" vient de "chrisma", qui signifie "onction"). Et notre chef n’a pas été seul à recevoir l’onction, mais nous aussi, qui sommes son corps, nous l’avons reçue avec Lui... Voilà pourquoi l’onction est donnée à tous les chrétiens, alors que dans l’Ancien Testament elle n’était le fait que de deux personnes seulement. Que nous soyons le corps du Christ, cela ressort clairement du fait que nous avons tous reçu l’onction et qu’en Lui nous sommes oints (christi) et Christ, parce que, d’une certaine manière, la tête et le corps forment le Christ dans son intégrité"[19].
Dans le sillage du Concile Vatican II[20], dès le début de mon service pastoral, j’ai tenu à exalter la dignité sacerdotale, prophétique et royale de tout le Peuple de Dieu : "Celui qui est né de la Vierge Marie disais-je le fils du charpentier, à ce qu’on croyait, le Fils du Dieu vivant, comme le proclamait Pierre, est venu pour faire de nous tous "un royaume de prêtres". Le Concile Vatican II nous a rappelé le mystère de ce pouvoir et aussi le fait que la mission du Christ, Prêtre, Prophète-Maître, Roi, se poursuit dans l’Église. Tous, le Peuple de Dieu tout entier, participent à cette triple mission"[21].
Par cette Exhortation, nous voulons inviter encore une fois les fidèles laïcs à relire, à méditer et à assimiler avec intelligence et amour l’enseignement si fécond et si riche du Concile qui touche à leur participation à la triple fonction du Christ[22]. Voici à présent une brève synthèse des éléments essentiels de cet enseignement.
Les fidèles laïcs participent à l’office sacerdotal, par lequel Jésus s’est offert Lui-même sur la Croix et continue encore à s’offrir dans la célébration de l’Eucharistie à la gloire du Père pour le salut de l’humanité. Incorporés à Jésus-Christ, les baptisés sont unis à Lui et à son sacrifice par l’offrande d’eux-mêmes et de toutes leurs activités (cf. Rm 12,1-2). Parlant des fidèles laïcs, le Concile déclare : "Toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient offrandes spirituelles agréables à Dieu par Jésus-Christ (cf. 1P 2,5) ; et dans la célébration eucharistique ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration"[23].
La participation à l’office prophétique du Christ "qui proclame, par le témoignage de sa vie et la vertu de sa parole, le royaume du Père"[24], habilite et engage les fidèles laïcs à recevoir l’Évangile dans la foi, et à l’annoncer par la parole et par les actes, sans hésiter à dénoncer courageusement le mal. Unis au Christ, "le grand prophète" (Lc 7,16), et constitués dans l’Esprit "témoins" du Christ ressuscité, les fidèles laïcs sont rendus participants autant au sens de la foi surnaturelle de l’Église qui "ne peut se tromper dans la foi"[25] qu’à la grâce de la parole (cf. Ac 2,17-18 Ap 19,10) ; ils sont au surplus appelés à faire briller la nouveauté et la force de l’Évangile dans leur vie quotidienne, familiale et sociale, comme aussi à exprimer, avec patience et courage, dans les difficultés de l’époque présente leur espérance de la gloire "même à travers les structures de la vie du siècle"[26].
Par leur appartenance au Christ, Seigneur et Roi de l’Univers, les fidèles laïcs participent à son office royal, et sont appelés par Lui au service du Royaume de Dieu et à sa diffusion dans l’histoire. Ils vivent la royauté chrétienne tout d’abord par le combat spirituel qu’ils mènent pour détruire en eux le règne du péché (cf. Rm 6,12) et ensuite par le don d’eux-mêmes pour servir, dans la charité et dans la justice, Jésus Lui-même, présent en tous ses frères, surtout dans les plus petits (cf. Mt 25,40).
Mais les fidèles laïcs sont appelés en particulier à redonner à la création toute sa valeur originelle. En liant la création au bien véritable de l’homme par une activité soutenue par la vie de la grâce, ils participent à l’exercice du pouvoir par lequel Jésus Ressuscité attire à Lui toutes les choses et les soumet, en même temps qu’Il se soumet Lui-même, au Père, de sorte que Dieu soit tout en tous (cf. Jn 12,32 1Co 15,28).
La participation des laïcs à la triple fonction de Jésus Prêtre, Prophète et Roi, trouve d’abord sa racine dans l’onction du Baptême, puis son développement dans la Confirmation et son achèvement et son soutien dans l’Eucharistie. C’est une participation qui est donnée, il est vrai, à chaque fidèle laïc, mais en tant qu’ils forment l’unique Corps du Christ : en effet, Jésus enrichit de ses dons l’Église elle-même parce que l’Église est son Corps et son Épouse. Ainsi c’est en tant que membre de l’Église que chacun participe à la triple fonction du Christ, comme l’enseigne clairement l’apôtre Pierre ; il appelle, en effet, les baptisés "la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu" (1P 2,9). Et c’est justement parce qu’elle découle de la communion ecclésiale, que cette participation des fidèles laïcs à la triple fonction du Christ exige d’être vécue et réalisée dans la communion et pour la croissance de cette communion même. Saint Augustin écrit : "De même que nous nous appelons tous chrétiens (christiani) en raison de l’onction (chrisma) mystique, de même nous nous appelons tous prêtres, parce que nous sommes membres de l’unique Prêtre"[27].
Les fidèles laïcs et le caractère séculier
15. La nouveauté chrétienne est le fondement et le titre de l’égalité de tous ceux qui sont les baptisés dans le Christ, de tous les membres du Peuple de Dieu : "Commune est la dignité des membres du fait de leur régénération dans le Christ ; commune la grâce d’adoption filiale ; commune la vocation à la perfection ; il n’y a qu’un salut, une espérance, une charité sans division"[28]. En vertu de cette dignité baptismale commune, le fidèle laïc est co-responsable, avec tous les ministres ordonnés et avec les religieux et les religieuses, de la mission de l’Église.
Mais cette dignité baptismale commune revêt chez le fidèle laïc une modalité qui le distingue, sans toutefois l’en séparer, du prêtre, du religieux, de la religieuse. Le Concile Vatican II a indiqué que cette modalité se trouve dans le caractère séculier : "Le caractère séculier est le caractère propre et particulier des laïcs"[29].
Pour saisir de façon complète, adaptée et spécifique, la condition ecclésiale du fidèle laïc, il faut approfondir la portée théologique du caractère séculier, à la lumière du dessein salvifique de Dieu et du mystère de l’Église.
Comme l’affirme Paul VI, l’Église "a une authentique dimension séculière, inhérente à sa nature intime et à sa mission, dont la racine plonge dans le mystère du Verbe Incarné, et qui s’est réalisée sous des formes diverses pour ses membres"[30].
L’Église, en effet, vit dans ce monde, même si elle n’est pas de ce monde (cf. Jn 17,16), et elle est envoyée pour continuer l’œuvre rédemptrice de Jésus-Christ ; cette œuvre, "qui concerne essentiellement le salut des hommes, embrasse aussi le renouvellement de tout l’ordre temporel"[31].
Il est certain que tous les membres de l’Église participent à sa dimension séculière ; mais cela de façons diverses. En particulier la participation des fidèles laïcs a une modalité de réalisation et de fonction, qui, selon le Concile, leur est "propre et particulière" : c’est cette modalité que l’on désigne du nom de "caractère séculier"[32].
Dans le concret, le Concile parle de la condition des fidèles laïcs en la désignant, avant tout, comme le lieu ou leur est adressé l’appel de Dieu : "C’est là qu’ils sont appelés"[33]. Il s’agit ici d’un "lieu" présenté en termes dynamiques : les fidèles laïcs "vivent au milieu du siècle, c’est-à-dire engagés dans tous les divers devoirs et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée"[34]. Ce sont des personnes qui vivent une vie normale dans le monde, étudient, travaillent, créent des rapports amicaux, sociaux, professionnels, culturels. Le Concile ne considère pas simplement leur condition comme un cadre extérieur et un environnement, mais bien comme une réalité destinée à trouver en Jésus-Christ la plénitude de son sens[35]. Il va même jusqu’à affirmer que "le Verbe Incarné en personne a voulu entrer dans le jeu de cette solidarité... Il a sanctifié les liens humains, notamment ceux de la famille, source de la vie sociale. Il s’est volontairement soumis aux lois de sa patrie. Il a voulu mener la vie même d’un artisan de son temps et de sa région"[36].
Le "monde" devient ainsi le milieu et le moyen de la vocation chrétienne des fidèles laïcs, parce qu’il est lui-même destiné à glorifier Dieu le Père dans le Christ. Le Concile peut dès lors indiquer le sens propre et particulier de l’appel de Dieu qui s’adresse aux fidèles laïcs. Ils ne sont pas invités à abandonner la position qu’ils occupent dans le monde. Le baptême, en effet, ne les retire pas du monde (comme le souligne l’apôtre Paul : "Que chacun, mes frères, reste devant Dieu dans la condition où il se trouvait quand il a été appelé" (1Co 7,24)) ; mais il leur confie une vocation qui concerne justement leur situation dans le monde : les fidèles laïcs, en effet, sont "appelés par Dieu à travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d'espérance et de charité"[37]. Ainsi, l’être et l’agir dans le monde sont pour les fidèles laïcs une réalité non seulement anthropologique et sociologique, mais encore et spécifiquement théologique et ecclésiale. Dans leur situation au milieu du monde, en effet, Dieu manifeste son dessein et leur communique leur vocation particulière de "chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu"[38].
C’est précisément dans cette optique que les Pères du Synode ont déclaré : "Le caractère séculier du fidèle laïc n’est donc pas à définir seulement dans un sens sociologique, mais surtout en un sens théologique. Le caractère séculier doit s’entendre à la lumière de l’acte créateur et rédempteur de Dieu, qui a confié le monde aux hommes et aux femmes, pour qu’ils participent à l’œuvre de la création, qu’ils libèrent la création elle-même de l’influence du péché et qu’ils se sanctifient dans le mariage ou dans le célibat, dans la famille, dans la profession et dans les différentes activités sociales"[39].
La condition ecclésiale des fidèles laïcs est définie dans sa racine à partir de la nouveauté chrétienne et caractérisée par son caractère séculier [40].
Les images évangéliques du sel, de la lumière et du levain, bien qu’elles s’adressent indistinctement à tous les disciples de Jésus, s’appliquent de façon toute spéciale aux fidèles laïcs. Ce sont des images merveilleusement significatives, parce qu’elles traduisent non seulement l’insertion profonde et la participation totale des fidèles laïcs sur la terre, dans le monde, dans la communauté humaine, mais surtout la nouveauté et l’originalité d’une insertion et d’une participation destinées à la diffusion de l’Évangile qui sauve.
Appelés a la sainteté
16. La dignité des fidèles laïcs se révèle à nous dans sa plénitude si nous examinons la vocation première et fondamentale que le Père offre en Jésus-Christ par l’intermédiaire de l’Esprit à chacun d’eux : la vocation à la sainteté, c’est-à-dire à la perfection de la charité. Le saint est le témoignage le plus éclatant de la dignité conférée au disciple du Christ.
Sur la vocation universelle à la sainteté, le Concile Vatican II s’est exprimé en termes lumineux. On peut affirmer que c’est l’orientation principale qui a été fixée pour les fils et les filles de l’Église, par ce Concile voulu pour le renouvellement évangélique de la vie chrétienne[41]. Cette orientation n’est pas une simple exhortation morale, mais une exigence incontournable du mystère de l’Église : l’Église est la Vigne choisie, par le moyen de laquelle les sarments vivent et grandissent de la sève même du Christ, sainte et sanctifiante ; elle est le Corps mystique dont les membres participent à la même vie de sainteté que la tête, qui est le Christ ; elle est l’Épouse aimée du Seigneur Jésus, qui s’est livré pour la sanctifier (cf. Ep 5,25 cf. suiv.). L’Esprit Saint qui sanctifia la nature humaine de Jésus dans le sein virginal de Marie (cf. Lc 1,35) est le même Esprit qui demeure et opère dans l’Église pour lui communiquer la sainteté du Fils de Dieu fait homme.
Il est aujourd’hui plus urgent que jamais que tous les chrétiens reprennent le chemin du renouveau évangélique, recevant avec générosité l’invitation de l’Apôtre à "être saints dans toute la conduite" (1P 1,15). Le Synode extraordinaire de 1985, vingt ans après la clôture du Concile, a fort à propos insisté sur cette urgence : "Étant donné que l’Église dans le Christ est mystère, elle doit être considérée comme un signe et un instrument de sainteté. Les saints et les saintes ont toujours été source et origine de renouvellement dans les moments les plus difficiles de l’histoire de l’Église. Aujourd’hui nous avons un besoin très grand de saints ; nous devons en demander au Seigneur avec insistance"[42].
Tous, dans l’Église, précisément parce qu’ils sont ses membres, reçoivent et donc partagent la vocation commune à la sainteté. De plein droit, et sans aucune différence avec les autres membres de l’Église, les fidèles laïcs sont appelés à la sainteté : "L’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang"[43] ; "Tous les fidèles du Christ sont donc invités et obligés à poursuivre la sainteté et la perfection de leur état"[44].
La vocation à la sainteté plonge ses racines dans le Baptême et elle est réactivée par les autres sacrements ; principalement par l’Eucharistie : revêtus de Jésus-Christ et abreuvés de son Esprit, les chrétiens sont "saints", et sont, de ce fait, habilités et engagés à manifester la sainteté de leur être dans la sainteté de tout leur agir. L’apôtre Paul ne se lasse pas d’engager tous les chrétiens à vivre "comme il convient à des saints" (Ep 5,3).
La vie selon l’Esprit, dont le fruit est la sanctification (Rm 6,22 cf. Ga 5,22), suscite en tous les baptisés et en chacun d’eux le désir et l’exigence de suivre et d’imiter Jésus-Christ, en accueillant ses Béatitudes, en écoutant et méditant la parole de Dieu, en participant de façon consciente et active à la vie liturgique et sacramentelle de l’Église, en s’adonnant à la prière individuelle, familiale et communautaire, en s’ouvrant à la faim et à la soif de justice, en pratiquant le commandement de l’amour dans toutes les circonstances de la vie et dans le service auprès de leurs frères, spécialement de ceux qui sont humbles, pauvres et souffrants.
Se sanctifier dans le monde
17. La vocation des fidèles laïcs à la sainteté exige que la vie selon l’Esprit s’exprime de façon particulière dans leur insertion dans les réalités temporelles et dans leur participation aux activités terrestres. C’est encore l’Apôtre qui nous y engage : "Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus-Christ, en offrant par Lui votre action de grâce à Dieu le Père" (Col 3,17). Appliquant les paroles de l’Apôtre aux fidèles laïcs, le Concile affirme de façon très ferme : "Ni le soin de leur famille, ni les affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur spiritualité"[45]. Après eux, les Pères du Synode ont déclaré : "L’unité de la vie des fidèles laïcs est d’une importance extrême : ils doivent, en effet, se sanctifier dans la vie ordinaire, professionnelle et sociale. Afin qu’ils puissent répondre à leur vocation, les fidèles laïcs doivent donc considérer leur vie quotidienne comme une occasion d’union à Dieu et d’accomplissement de sa volonté, comme aussi de service envers les autres hommes, en les portant jusqu’à la communion avec Dieu dans le Christ"[46].
La vocation à la sainteté doit être perçue et vécue par les fidèles laïcs, moins sous un aspect d’obligation exigeante et incontournable, que comme un signe lumineux de l’amour infini du Père qui les a régénérés à sa vie de sainteté. Une pareille vocation, dans ces conditions, doit se définir comme un élément essentiel et indissociable de la nouvelle vie baptismale, et par conséquent comme un élément constitutif de leur dignité. En même temps, la vocation à la sainteté est intimement liée à la mission et à la responsabilité qui sont confiées aux fidèles laïcs dans l’Église et dans le monde. En effet, la sainteté vécue, tout en provenant de la participation à la vie de sainteté de l’Église, représente aussi par elle-même une première et fondamentale contribution à l’édification de l’Église en tant que "Communion des Saints". Devant les yeux éclairés par la foi s’ouvre un spectacle merveilleux : celui de tant de fidèles laïcs, hommes et femmes, qui, précisément dans leur vie et leur activité de chaque jour, souvent inaperçus ou parfois incompris, méconnus des grands de la terre mais regardés avec amour par le Père, sont des ouvriers qui travaillent inlassablement dans la Vigne du Seigneur, des artisans humbles et grands à la fois assurément par la puissance de la grâce de Dieu de la croissance du Royaume de Dieu au cours de l’histoire.
La sainteté est ensuite, il faut le reconnaître, une base essentielle et une condition absolument irremplaçable pour l’accomplissement de la mission de salut de l’Église. C’est la sainteté de l’Église qui est la source secrète et la mesure infaillible de son activité apostolique et de son élan missionnaire. C’est seulement dans la mesure où l’Église, Épouse du Christ, se laisse aimer de Lui, et L’aime en retour, qu’elle devient Mère féconde dans l’Esprit.
Revenons à l’image biblique : la naissance et l’expansion des sarments dépendent de leur insertion dans la vigne : "De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire" (Jn 15,4-5).
Tout naturellement il faut rappeler ici la proclamation solennelle de fidèles laïcs, hommes et femmes, au rang de bienheureux et de saints, qui a été faite durant le temps du Synode. Le peuple de Dieu tout entier, les fidèles laïcs en particulier, peut trouver en eux de nouveaux modèles de sainteté et de nouveaux témoins de vertus héroïques, pratiquées dans des conditions communes et ordinaires de la vie. Comme l’ont affirmé les Pères du Synode : "Les Églises locales et surtout celles qu’on appelle les jeunes Églises doivent discerner attentivement parmi leurs propres membres les hommes et les femmes qui ont donné dans de telles conditions (les conditions quotidiennes du monde et de l’état conjugal) le témoignage de la sainteté et qui peuvent servir d’exemple aux autres, afin que, si le cas se présente, ils soient proposés pour la béatification et la canonisation"[47].
Au terme de ces réflexions, destinées à définir la condition ecclésiale du fidèle laïc, nous revient à la mémoire la célèbre interpellation de Saint Léon le Grand : "Reconnais, ô Chrétien, ta dignité"[48]. C’est ce que dit aussi Saint Maxime, évêque de Turin, en s’adressant à ceux qui avaient reçu le baptême : "Considérez l’honneur qui vous est fait dans ce mystère !"[49]. Tous les baptisés sont invités à écouter une fois encore les paroles de Saint Augustin : "Réjouissons-nous et remercions : nous sommes devenus non seulement des chrétiens, mais le Christ... Soyez dans la stupeur et la joie : nous sommes devenus Christ !"[50].
La dignité de chrétien, source de l’égalité de tous les membres de l’Église, garantit et promeut l’esprit de communion et de fraternité, et, en même temps, elle devient la source secrète et puissante du dynamisme apostolique et missionnaire des fidèles laïcs. C’est une dignité exigeante, la dignité des ouvriers appelés par le Seigneur à travailler à sa vigne : "À tous les laïcs lisons-nous dans les Actes du Concile incombe la noble charge de travailler à ce que le dessein divin de salut parvienne de plus en plus à tous les hommes de tous les temps et de toute la terre"[51].
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