LETTRE ENCYCLIQUE
DOMINUM ET VIVIFICANTEM
DU SOUVERAIN PONTIFE
JEAN-PAUL II
SUR L'ESPRIT SAINT
DANS LA VIE DE L'ÉGLISE ET DU MONDE
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Vénérables Frères, chers Fils et Filles, Salut et Bénédiction Apostolique !
INTRODUCTION
01. Dans sa foi en l'
Esprit Saint, l'Église proclame qu'il "
est Seigneur et qu'il donne la vie". C'est ce qu'elle proclame dans le Symbole de la foi, dit de Nicée-Constantinople, du nom des deux Conciles - de Nicée (325) et de Constantinople (381) -, ou il fut formulé ou promulgué. Il y est dit aussi que l'Esprit Saint "a parlé par les prophètes".
Ces paroles, l'Église les reçoit de la source même de la foi, Jésus Christ. En effet, selon l'Évangile de Jean, l'Esprit Saint nous est donné avec la vie nouvelle, comme Jésus l'annonce et le promet au grand jour de la fête des Tentes : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi ! Selon le mot de l'Écriture : De son sein couleront des fleuves d'eau vive"(
Jn 7,37-38). Et l'évangéliste explique : "
Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui"(
Jn 7,39). C'est la même comparaison de l'eau que Jésus emploie dans le dialogue avec la Samaritaine, quand il parle de la "source d'eau jaillissant en vie éternelle"
[03], et dans le dialogue avec Nicodème, quand il annonce la nécessité d'une nouvelle
naissance "d'eau et d'Esprit" pour "entrer dans le Royaume de Dieu"(Cf.
Jn 3,5).
Par conséquent, l'Église, instruite par la parole du Christ, puisant dans l'expérience de la Pentecôte et dans son histoire apostolique, proclame depuis le début sa foi en l'Esprit Saint, celui qui donne la vie, celui par qui le Dieu un et trine, insondable, se communique aux hommes, établissant en eux la source de la vie éternelle.
02. Cette foi, professée sans interruption par l'Église, doit être sans cesse ravivée et approfondie dans la conscience du Peuple de Dieu. Depuis un siècle, cela a été proposé plusieurs fois : de
Léon XIII, qui publia l'Encyclique
Divinum illud munus (1897) entièrement consacrée à l'Esprit Saint, jusqu'à
Pie XII qui, dans l'Encyclique
Mystici Corporis (1943), présentait l'Esprit Saint comme le principe vital de l'Église ou il est à l'œuvre en union avec le Chef du Corps Mystique, le Christ
[05] ; et jusqu'au
Concile cuménique Vatican II qui a fait comprendre qu'une attention renouvelée à la doctrine sur l'Esprit Saint était nécessaire, comme le soulignait
Paul VI : " À la christologie et spécialement à l'ecclésiologie du Concile, doivent succéder une étude nouvelle et un culte nouveau de l'Esprit Saint, précisément comme complément indispensable de l'enseignement du Concile"
[06].
Ainsi, à notre époque, la foi de l'Église,
la foi ancienne qui demeure et qui est toujours neuve, nous appelle à renouveler notre approche de l'Esprit Saint comme
celui qui donne la vie. En cela, nous sommes aidés et encouragés par notre héritage commun avec les
Églises orientales, qui ont conservé jalousement les richesses extraordinaires de l'enseignement des Pères sur l'Esprit Saint. C'est pourquoi on peut dire aussi que l'un des événements ecclésiaux les plus importants de ces dernières années a été
le XVIe centenaire du Premier Concile de Constantinople, célébré simultanément à Constantinople et à Rome en la solennité de la Pentecôte de l'année 1981. Dans la méditation sur le mystère de l'Église,
l'Esprit Saint est alors mieux apparu comme celui qui ouvre les voies conduisant à l'unité des chrétiens, comme la
source suprême de l'unité qui vient de Dieu lui-même et que saint Paul a exprimée particulièrement par les paroles prononcées fréquemment au début de la liturgie eucharistique : "La grâce de Jésus notre Seigneur, l'amour de Dieu le Père et la communion de l'Esprit Saint soient toujours avec vous"
[07].
C'est dans une telle orientation que les précédentes Encycliques
Redemptor hominis et
Dives in misericordia ont trouvé en quelque sorte un point de départ et une inspiration : elles célèbrent l'événement de notre salut accompli dans le Fils envoyé par le Père dans le monde "pour que le monde soit sauvé par lui"(
Jn 3,17) et "que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père"(
Ph 2,11). À cette même orientation répond aujourd'hui
la présente Encyclique sur l'Esprit Saint qui procède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire : Personne divine, il est au cœur de la foi chrétienne et il est la source et la force dynamique du renouveau de l'Église
[10]. Cette Encyclique découle
du plus profond de l'héritage du Concile. En effet, les textes conciliaires, par leur enseignement sur l'Église elle-même et sur l'Église dans le monde, nous invitent à pénétrer toujours mieux le mystère trinitaire de Dieu, en suivant la voie évangélique, patristique, liturgique : au Père, par le Christ, dans l'Esprit Saint.
De cette manière, l'Église répond aussi à certains désirs profonds qu'elle pense lire dans le cœur des hommes d'aujourd'hui : une découverte nouvelle de Dieu dans sa réalité transcendante d'Esprit infini, tel que Jésus le présente à la Samaritaine ; le besoin de l'adorer "en esprit et en vérité" (Cf.
Jn 4,24) ; l'espoir de trouver en lui le secret de l'amour et la puissance d'une "création nouvelle" (Cf.
Rm 8,22 Ga 6,15) : oui, vraiment
celui qui donne la vie.
L'Église se sent appelée à cette mission d'annoncer l'Esprit alors qu'avec la famille humaine, elle
arrive au terme du second millénaire après le Christ. Devant un ciel et une terre qui "passent", elle sait bien que "les paroles qui ne passeront point" (Cf.
Mt 24,35, s
Jn 4,14) revêtent une éloquence particulière. Ce sont les paroles du Christ sur l'Esprit Saint, source inépuisable de l'"eau jaillissant en vie éternelle"
[14], vérité et grâce du salut. Elle veut réfléchir sur ces paroles, elle veut rappeler ces paroles aux croyants et à tous les hommes, tandis qu'elle se prépare à célébrer - comme on le dira en son temps - le grand Jubilé qui marquera le passage du deuxième au troisième millénaire chrétien.
Naturellement, les réflexions qui suivent n'ont pas pour but d'examiner de manière exhaustive la très riche doctrine sur l'Esprit Saint, ni de privilégier telle ou telle solution des questions encore ouvertes. Elles ont comme objectif principal de développer dans l'Église la conscience que "l'Esprit Saint la pousse à coopérer à la réalisation totale du dessein de Dieu qui a fait du Christ le principe du salut pour le monde tout entier"
[15].
PREMIÈRE PARTIE : L'ESPRIT DU PÈRE ET DU FILS DONNÉ À L'ÉGLISE
1. La promesse et la révélation de Jésus au cours du repas pascal
03. Quand pour Jésus Christ l'heure était venue de quitter ce monde, il annonça aux Apôtres "un autre Paraclet"
[16]. L'évangéliste Jean, qui était présent, écrit que, au cours du repas pascal, la veille de sa passion et de sa mort, Jésus leur adressa ces paroles : "Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils... Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais, l'Esprit de vérité" (
Jn 14,13-14 Jn 14,16-17).
Cet Esprit de vérité, précisément, Jésus l'appelle le Paraclet - et
Parakletos veut dire "consolateur", et aussi "intercesseur" ou "défenseur". Et il dit qu'il est " un autre " Paraclet, le second, parce que Jésus Christ lui-même est le premier Paraclet (Cf
1Jn 2,1), car il est le premier qui porte et donne la Bonne Nouvelle. L'Esprit Saint vient après lui et par lui pour poursuivre dans le monde, grâce à l'Église,
l'œuvre de la Bonne Nouvelle du salut. Cette continuation de son œuvre par l'Esprit Saint, Jésus en parle plus d'une fois pendant le même discours d'adieu ou il préparait les Apôtres, réunis au Cénacle, à son départ, c'est-à-dire à sa passion et à sa mort sur la Croix.
Les paroles auxquelles nous nous référerons ici se trouvent dans l'Évangile de Jean. Chacune d'elles ajoute un contenu nouveau à cette annonce et à cette promesse. En même temps, elles sont étroitement reliées les unes aux autres, non seulement dans la perspective des mêmes événements, mais aussi dans la perspective du mystère du Père, du Fils et de l'Esprit Saint qui n'est sans doute exprimé avec autant de relief dans aucun autre passage de la Sainte Écriture.
04. Peu après l'annonce rappelée ci-dessus, Jésus ajoute : "Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui,
vous enseignera tout et
vous rappellera tout ce que je vous ai dit" (
Jn 14,26). L'Esprit Saint sera le Consolateur des Apôtres et de l'Église, toujours présent au milieu d'eux, même s'il demeure invisible, comme maître de la Bonne Nouvelle que le Christ a annoncée. "Il enseignera" et "il rappellera", cela signifie non seulement qu'il continuera, à sa manière qui lui est propre, à inspirer la proclamation de l'Évangile du salut, mais aussi qu'il aidera à comprendre le sens juste du contenu du message du Christ ; qu'il en maintiendra la continuité et l'identité de sens alors que changent les conditions et les circonstances. L'Esprit Saint fera en sorte que dans l'Église demeure toujours la
vérité même que les Apôtres ont entendue de leur Maître.
05. Pour transmettre la Bonne Nouvelle, les Apôtres seront associés à l'Esprit Saint d'une manière particulière. Voici comment Jésus poursuit : "Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il
me rendra témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement" (
Jn 15,26-27).
Les Apôtres ont été les témoins directs, oculaires. Ils "ont entendu" et "ils ont vu de leurs yeux", "ils ont contemplé" et même "touché de leurs mains" le Christ, comme le dit le même évangéliste Jean dans un autre passage (Cf.
1Jn 1,1-3 1Jn 4,14). Leur témoignage humain, oculaire et "historique" sur le Christ est lié au témoignage de l'Esprit Saint : "Il me rendra témoignage".
Dans le témoignage de l'Esprit de vérité, le témoignage humain des Apôtres
trouvera son appui suprême. Et par la suite, il trouvera aussi en lui le
fondement intérieur de sa continuation parmi les générations des disciples et des confesseurs du Christ qui se succéderont au cours des siècles.
Si Jésus Christ lui-même est la révélation suprême et la plus complète de Dieu à l'humanité, le
témoignage de l'Esprit en inspire, en garantit et en confirme la transmission fidèle dans la prédication et dans les écrits apostoliques
[22], tandis que le
témoignage des Apôtres en assure l'expression humaine dans l'Église et dans l'histoire de l'humanité.
06. Cela ressort aussi de l'étroite corrélation de contenu et d'intention avec l'annonce et la promesse qui viennent d'être mentionnées, corrélation exprimée par les paroles qui suivent dans le texte de Jean : "J'ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il
vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu'il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir" (
Jn 16,12-13).
Par les paroles précédentes, Jésus présente le Paraclet, l'Esprit de vérité, comme celui qui "enseignera" et "rappellera", comme celui qui lui "rendra témoignage" ; à présent il dit : "Il vous introduira dans la vérité tout entière". Ces mots "introduire dans la vérité tout entière", en rapport avec ce que les Apôtres "ne peuvent pas porter à présent", sont en lien direct avec le dépouillement du Christ par la passion et la mort en Croix qui étaient imminentes lorsqu'il prononçait ces paroles.
Cependant il deviendra clair, par la suite, que les mots "introduire dans la vérité tout entière" se rattachent également, au-delà du
scandalum Crucis, à tout ce que le Christ "a fait et enseigné" (
Ac 1,1). En effet, le
mysterium Christi dans son intégralité exige la foi, parce que c'est la foi qui introduit véritablement l'homme dans la réalité du mystère révélé. "Introduire dans la vérité tout entière", cela s'accomplit donc dans la foi et par la foi : c'est l'œuvre de l'Esprit de vérité et c'est le fruit de son action dans l'homme. En cela, l'Esprit Saint doit être le guide suprême de l'homme, la lumière de l'esprit humain. Cela vaut pour les Apôtres, témoins oculaires, qui doivent désormais porter à tous les hommes l'annonce de ce que le Christ "a fait et enseigné", et, spécialement, de sa Croix et de sa Résurrection. Dans une perspective plus large, cela vaut aussi pour toutes les générations des disciples et des confesseurs du Maître, car ils devront
accueillir dans la foi et
proclamer avec fermeté le mystère de Dieu agissant dans l'histoire de l'homme, le mystère révélé qui éclaire le sens ultime de cette histoire.
07. Il existe donc entre l'Esprit Saint et le Christ, dans l'économie du salut, un lien intime, par lequel l'Esprit agit dans l'histoire de l'homme comme "un autre Paraclet", assurant durablement la transmission et le rayonnement de la Bonne Nouvelle révélée par Jésus de Nazareth. C'est pourquoi la gloire du Christ resplendit dans l'Esprit Saint Paraclet qui, dans le mystère et dans l'action de l'Église, continue sans interruption la présence historique du Rédempteur sur la terre et son œuvre de salut ; c'est ce qu'attestent les paroles de Jean qui viennent ensuite : "Lui (c'est-à-dire l'Esprit) me glorifiera, car
c'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera"[25]. Ces paroles confirment une fois encore tout ce qui a été dit précédemment : "Il enseignera..., il rappellera..., il rendra témoignage". La révélation suprême et complète que Dieu fait de lui-même, accomplie dans le Christ - la prédication des Apôtres lui rendant témoignage - continue à être manifestée dans l'Église par la mission du Paraclet invisible, l'Esprit de vérité. À quel point cette mission est intimement liée à la mission du Christ, à quel point elle découle entièrement de cette mission du Christ, en affermissant et en développant dans l'histoire ses fruits de salut, cela est exprimé dans le verbe "recevoir" : "C'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera". Comme pour expliquer le mot "recevoir", et faire apparaître clairement l'unité divine et trinitaire de la source, Jésus ajoute : "
Tout ce qu'a le Père est à moi. Voilà pourquoi j'ai dit que
c'est de mon bien qu'il reçoit et qu'il vous le dévoilera"
[26]. En recevant de "mon bien", par là même il puisera à "ce qu'a le Père".
Ainsi à la lumière de cette expression "il recevra", peuvent s'expliquer aussi les autres paroles sur l'Esprit Saint prononcées par Jésus au Cénacle avant la Pâque, paroles significatives : "C'est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ;
mais si je pars,
je vous l'enverrai. Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement"
[27]. Il conviendra de revenir encore sur ces paroles dans une réflexion particulière.
2. Le Père, le Fils et l'Esprit Saint
08. Il est caractéristique du texte johannique que le Père, le Fils et l'Esprit Saint soient désignés clairement comme des Personnes, la première étant distincte de la deuxième et de la troisième, et aussi les trois entre elles. Jésus parle de l'Esprit-Paraclet utilisant à plusieurs reprises le pronom personnel "Il", et en même temps, dans tout le discours d'adieu, il dévoile les liens qui unissent dans la réciprocité le Père, le Fils et le Paraclet. Ainsi donc "L'Esprit... vient du Père"
[28] et le Père "donne" l'Esprit
[29]. Le Père "envoie" l'Esprit au nom du Fils
[30], l'Esprit "rend témoignage" au Fils
[31]. Le Fils demande au Père d'envoyer l'Esprit-Paraclet
[32], mais, par ailleurs, il déclare et promet, en rapport à son "départ" par la Croix : "Si je pars, je vous l'enverrai"
[33]. Ainsi, le Père, par la puissance de sa paternité, envoie l'Esprit Saint comme il a envoyé le Fils
[34] ; mais en même temps il l'envoie en vertu de la puissance de la rédemption accomplie par le Christ - et, en ce sens, l'Esprit Saint est envoyé aussi par le Fils : "Je vous l'enverrai".
Il faut noter ici que, si toutes les autres promesses faites au Cénacle annonçaient la venue de l'Esprit Saint après le départ du Christ, celle du texte de Jean 16, 7-8 implique aussi et souligne clairement le rapport d'interdépendance, on pourrait dire de causalité, entre la manifestation de l'un et de l'autre : "Si je pars, je vous l'enverrai". L'Esprit Saint viendra en fonction du départ du Christ par la Croix : il viendra non seulement à la suite, mais à cause de la rédemption accomplie par le Christ, selon la volonté et l'œuvre du Père.
09. Ainsi, dans le discours pascal d'adieu on parvient, pouvons-nous dire,
au sommet de la révélation trinitaire. Au même moment, nous nous trouvons au seuil des événements décisifs et des paroles suprêmes qui, à la fin, se traduiront par le grand envoi en mission adressé aux Apôtres et, par leur intermédiaire, à l'Église : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples", envoi en mission qui comprend, en un sens, la formule trinitaire du baptême : "...
les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit"
[35]. La formule reflète le mystère intime de Dieu, de la vie divine, qui est le Père, le Fils et l'Esprit Saint, unité divine de la Trinité. On peut lire le discours d'adieu comme une préparation particulière à cette formule trinitaire, ou s'exprime la puissance vivifiante du sacrement qui réalise
la participation à la vie de Dieu un et trine, parce qu'il donne à l'homme la grâce sanctifiante comme un don surnaturel. Par elle, l'homme est appelé à participer à l'insondable vie de Dieu et il en reçoit la "capacité".
10. Dans sa vie intime, Dieu "est amour"
[36], un amour essentiel, commun aux trois Personnes divines : l'Esprit Saint est l'amour personnel en tant qu'Esprit du Père et du Fils. C'est pourquoi il "sonde jusqu'aux profondeurs de Dieu"
[37], en tant
qu'Amour-Don incréé. On peut dire que, dans l'Esprit Saint, la vie intime du Dieu un et trine se fait totalement don, échange d'amour réciproque entre les Personnes divines, et que, par l'Esprit Saint, Dieu "existe" sous le mode du don. C'est l'Esprit Saint qui est
l'expression personnelle d'un tel don de soi, de cet être-amour
[38]. Il est Personne-amour. Il est Personne-don. Cela nous montre, au sujet du concept de personne en Dieu, une richesse insondable de la réalité et un approfondissement dépassant ce qui se peut exprimer, tels que seule la Révélation peut nous les faire connaître.
En même temps, l'Esprit Saint, en tant que consubstantiel au Père et au Fils dans la divinité, est Amour et Don (incréé) d'ou découle comme d'une source (
fons vivus)
tout don accordé aux créatures (don créé) : le don de l'existence à toutes choses par la création ; le don de la grâce aux hommes par toute l'économie du salut. Comme l'Apôtre Paul l'écrit : "L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné"
[39].
3. Le don que Dieu fait de lui-même dans l'Esprit Saint pour le salut
11. Le discours d'adieu du Christ au cours du repas pascal se rattache particulièrement à ce "don" et à ce "don de soi" de l'Esprit Saint. Dans
l'Évangile de Jean se dévoile, pour ainsi dire, la "logique" la plus profonde du mystère salvifique inclus dans le dessein éternel de Dieu, comme extension de la communion ineffable du Père, du Fils et de l'Esprit Saint. C'est la "logique" divine qui, à partir du mystère de la Trinité, conduit au mystère de la Rédemption du monde en Jésus Christ. La
Rédemption accomplie par le Fils dans le cadre de l'histoire terrestre de l'homme, accomplie en son "départ" par la Croix et par la Résurrection, se trouve en même temps
transmise, dans toute sa puissance salvifique, à
l'Esprit Saint, celui qui "recevra de mon bien" (
Jn 16,14). Les paroles du texte johannique montrent que, selon le plan divin, le "départ" du Christ est une condition indispensable pour l'"envoi" et la venue de l'Esprit Saint, mais elles disent aussi que commence alors
le nouveau don que Dieu fait de lui-même dans l'Esprit Saint pour le salut.
12. C'est un
nouveau commencement par rapport au
premier commencement
, à l'origine du don que Dieu a fait de lui-même pour le salut, qui s'identifie avec le mystère même de la création. Voici ce que nous lisons dès les premiers mots du
Livre de la Genèse : "Au commencement Dieu créa le ciel et la terre..., et l'esprit de Dieu (
ruah Elohim) planait sur les eaux" (
Gn 1,1-2). Ce concept biblique de création comporte non seulement l'appel à l'existence de l'être même du cosmos, c'est-à-dire le
don de l'existence, mais aussi la présence de l'Esprit de Dieu dans la création, c'est-à-dire le commencement du don que Dieu fait de lui-même pour leur salut aux choses qu'il a créées. Cela vaut
avant tout pour l'homme, qui a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu : "Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance" (
Gn 1,26). "Faisons" : peut-on considérer que le pluriel, employé ici par le Créateur en parlant de lui-même, suggère déjà en quelque façon le mystère trinitaire, la présence de la Trinité dans l'œuvre de la création de l'homme ? Le lecteur chrétien qui connaît déjà la révélation de ce mystère peut aussi en reconnaître le reflet dans ces paroles. En tout cas, le contexte du Livre de la Genèse nous permet de voir dans la création de l'homme le premier commencement du don que Dieu fait de lui-même pour le salut dans la mesure ou il a accordé à l'homme d'être à "l'image" et à "la ressemblance" de lui-même.
13. Il semble donc que les paroles prononcées par Jésus dans le discours d'adieu doivent aussi être relues en rapport avec ce "commencement" si lointain, mais fondamental, que nous connaissons par
le Livre de la Genèse. "Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l'enverrai". En présentant son "départ"
comme une condition de la "venue" du Paraclet, le Christ fait le lien entre le nouveau commencement du don que Dieu fait de lui-même par l'Esprit Saint pour le salut, et le mystère de la Rédemption. C'est là un nouveau commencement, avant tout parce que,
entre le premier commencement et toute l'histoire de l'homme,
s'est interposé, à partir de la chute originelle,
le péché qui s'oppose à la présence de l'Esprit de Dieu dans la création et qui, surtout,
s'oppose au don que Dieu fait de lui-même à l'homme pour son salut. Saint Paul écrit que, précisément à cause du péché, "la création... fut assujettie à la vanité..., jusqu'à ce jour elle gémit en travail d'enfantement" et "elle attend avec impatience la révélation des fils de Dieu" (
Rm 8,19-22).
14. C'est pourquoi Jésus dit au Cénacle : "C'est votre intérêt que je parte" ; "si je pars, je vous l'enverrai"
[44]. Le "départ" du Christ par la Croix a la puissance de la Rédemption - et cela signifie aussi une nouvelle présence de l'Esprit de Dieu dans la création : le nouveau commencement du don que Dieu fait de lui-même à l'homme dans l'Esprit Saint. "Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Abba ! Père !", écrit l'Apôtre Paul dans la
Lettre aux Galates[45]. L'Esprit Saint est
l'Esprit du Père, comme en témoignent les paroles du discours d'adieu au Cénacle. Il est, en même temps,
l'Esprit du Fils : il est
l'Esprit de Jésus Christ, comme en témoigneront les Apôtres et particulièrement Paul de Tarse
[46]. Par l'envoi de cet Esprit "dans nos cœurs", commence à s'accomplir ce que "la création attend avec impatience", comme nous le lisons dans la
Lettre aux Romains.
L'Esprit Saint vient
au prix du "départ" du Christ. Si ce "départ" a provoqué
la tristesse des Apôtres[47], qui devait atteindre son point culminant dans la passion et dans la mort du Vendredi Saint, à son tour "cette tristesse se changera en joie" (Cf.
Jn 16,20). Le Christ, en effet, marquera son "départ" rédempteur par la gloire de la résurrection et de l'ascension vers le Père. Ainsi donc, la tristesse à travers laquelle transparaît la joie, voilà ce qu'éprouvent les Apôtres dans la perspective du "départ" de leur Maître, un départ qui a lieu "dans leur intérêt", parce que, grâce à lui, viendra un autre "Paraclet" (Cf.
Jn 16,7). Au prix de la Croix ou se réalise la Rédemption, par la puissance de tout le mystère pascal de Jésus Christ, l'Esprit Saint vient demeurer dès
le jour de la Pentecôte avec les Apôtres, pour demeurer avec l'Église et dans l'Église et, grâce à elle, dans le monde.
De cette manière s'accomplit définitivement ce nouveau commencement du don que le Dieu un et trine fait de lui-même dans l'Esprit Saint par Jésus Christ, Rédempteur de l'homme et du monde.
4. Le Messie, Oint de l'Esprit Saint
15. La mission du Messie s'accomplit aussi jusqu'à son terme, car elle est la mission de celui qui a reçu la plénitude de l'Esprit Saint pour le Peuple élu de Dieu et pour l'humanité entière. Littéralement, "Messie" veut dire "Christ", c'est-à-dire "Oint", et, dans l'histoire du salut, le sens est "Oint de l'Esprit Saint". Telle était la tradition prophétique de l'Ancien Testament. En s'y conformant, Simon Pierre dira dans la maison de Corneille : "Vous savez ce qui s'est passé dans toute la Judée : Jésus de Nazareth... après le baptême proclamé par Jean ; comment
Dieu l'a consacré par l'Esprit Saint et rempli de sa force" (
Ac 10,37-38).
De ces paroles de Pierre et de beaucoup d'autres semblables (Cf.
Lc 4,16-21 Lc 3,16 Lc 4,14 Mc 1,10), il convient de remonter avant tout à la prophétie
d'Isaïe, parfois appelée "le cinquième évangile" ou bien "l'évangile de l'Ancien Testament". Evoquant la venue d'un personnage mystérieux, que la révélation néo-testamentaire identifiera avec Jésus, Isaïe en associe la personne et la mission avec une action spéciale de l'Esprit de Dieu, l'Esprit du Seigneur. Voici les paroles du prophète :
"Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines.
Sur lui reposera l'Esprit du Seigneur esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur : son inspiration est dans la crainte du Seigneur" (
Is 11,1-3).
Ce texte est important pour toute la pneumatologie de l'Ancien Testament, car il constitue comme un pont entre le concept biblique ancien de l'"esprit", entendu avant tout comme un "souffle charismatique", et l'"Esprit" comme personne et comme don, don pour la personne. Le Messie de la lignée de David ("de la souche de Jessé") est précisément la personne sur laquelle "reposera" l'Esprit du Seigneur. Il est évident que, dans ce cas, on ne peut pas encore parler de la révélation du Paraclet : cependant, avec cette allusion voilée à la figure du futur Messie s'ouvre, pour ainsi dire, la voie sur laquelle est préparée la pleine révélation de l'Esprit Saint dans l'unité du mystère trinitaire qui se manifestera finalement dans la Nouvelle Alliance.
16. Cette voie, c'est précisément le Messie. Dans l'Ancienne Alliance, l'onction était devenue le symbole extérieur du don de l'Esprit. Le Messie (plus que tout autre personnage oint dans l'Ancienne Alliance) est l'unique et grand
Oint du Seigneur lui-même. Il est l'Oint en ce sens qu'il possède la plénitude de l'Esprit de Dieu. Et il sera lui-même le médiateur du don de cet Esprit au Peuple tout entier. Voici, en effet, d'autres paroles du prophète :
"L'esprit du Seigneur Dieu est sur moi, car
le Seigneur m'a consacré par l'onction ; il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur" (
Is 61,1-2).
L'Oint est
aussi envoyé "avec l'Esprit du Seigneur" : "Et maintenant le Seigneur Dieu m'a envoyé avec son esprit" (
Is 48,16).
Selon le
Livre d'Isaïe, l'Oint, l'Envoyé avec l'Esprit du Seigneur, est aussi le
Serviteur du Seigneur élu, sur qui repose l'Esprit de Dieu : "
Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complait. J'ai mis sur lui mon esprit" (
Is 42,1).
On sait que le Serviteur du Seigneur est révélé dans le
Livre d'Isaïe comme le véritable Homme des douleurs :
le Messie souffrant pour les péchés du monde (Cf.
Is 53,5-6 Is 53,8). Et, simultanément, il est celui même qui reçoit la mission de
porter de véritables fruits de salut pour toute l'humanité : "Il présentera aux nations le droit..."(
Is 42,1) ; et il deviendra "l'alliance du peuple, la lumière des nations..." (
Is 42,6) ; "pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre" (
Is 49,6).
Car : "Mon esprit qui est sur toi, et mes paroles que j'ai mises dans ta bouche ne s'éloigneront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance, ni de la bouche de la descendance de ta descendance, dit le Seigneur, dès maintenant et à jamais" (
Is 59,21).
Les textes prophétiques cités ici, nous devons les lire
à la lumière de l'Évangile, de même que, pour sa part, le Nouveau Testament reçoit de la lumière admirable de ces textes vétéro-testamentaires une clarté particulière. Le prophète présente le Messie comme celui qui
vient dans l'Esprit Saint, comme celui qui possède la
plénitude de cet Esprit en lui et, en même temps,
pour les autres, pour Israël, pour toutes les nations, pour toute l'humanité. La plénitude de l'Esprit de Dieu s'accompagne de nombreux dons, les biens du salut, destinés spécialement aux pauvres et à ceux qui souffrent, à tous ceux qui ouvrent leur cœur à ces dons, parfois à travers l'expérience douloureuse de leur propre existence, mais avant tout dans la disponibilité intérieure qui provient de la foi. Cela, le vieillard Syméon, "homme juste et pieux" sur qui "reposait l'Esprit Saint", en eut l'intuition au moment de la présentation de Jésus au Temple, lorsqu'il vit en lui "le salut préparé à la face de tous les peuples" au prix de la grande souffrance, celle de la Croix, qu'il devait éprouver en même temps que sa Mère (Cf.
Lc 2,25-35). La Vierge Marie comprenait cela encore mieux, elle qui "avait conçu du Saint-Esprit" (Cf.
Lc 1,35), lorsqu'elle méditait en son cœur les "mystères" du Messie auxquels elle était associée (Cf.
Lc 2,19 Lc 51).
17. Il convient de souligner ici que l'"esprit du Seigneur", qui "repose" sur le futur Messie, est clairement et avant tout
un don de Dieu pour la personne de ce Serviteur du Seigneur. Mais lui-même n'est pas une personne isolée et existant par elle-même, parce qu'il agit par la volonté du Seigneur, en vertu de sa décision ou de son choix. Même si, à la lumière des textes d'Isaïe, l'œuvre salvifique du Messie, Serviteur du Seigneur, implique l'action de l'Esprit accomplie à travers lui, dans leur contexte vétéro-testamentaire la distinction des sujets ou des Personnes divines - telles que ces Personnes subsistent dans le mystère trinitaire et seront révélées ensuite dans le Nouveau Testament - n'est cependant pas suggérée. Que ce soit en Isaïe ou dans tout l'Ancien Testament, la
personnalité de l'Esprit Saint est complètement
cachée : cachée dans la révélation du Dieu unique, comme aussi dans l'annonce prophétique du Messie à venir.
18. Au début de son activité messianique,
Jesus Christ se réclamera de cette annonce
que comprenaient les paroles d'Isaïe. Il le fera à Nazareth même ou il avait passé trente années de sa vie dans la maison de Joseph le charpentier, aux côtés de Marie, la Vierge sa Mère. Quand il eut l'occasion de prendre la parole à la Synagogue, ouvrant le
Livre d'Isaïe, il trouva le passage ou il était écrit : "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction" et, après avoir lu ce passage, il dit à l'assemblée : "
Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez"
[64]. De cette manière, il confessait et il proclamait qu'il était celui qui "a reçu l'onction" du Père, qu'il était le Messie, c'est-à-dire celui en qui demeure l'Esprit Saint, le don de Dieu lui-même, celui qui possède la plénitude de cet Esprit, celui qui marque le "nouveau commencement" du don que Dieu fait à l'humanité dans l'Esprit.
5. Jésus de Nazareth, "manifesté" dans l'Esprit Saint
19. Même si dans sa propre ville de Nazareth Jesus n'est pas reconnu comme Messie, sa mission messianique dans l'Esprit Saint est cependant
révélée au peuple
par Jean-Baptiste au commencement de son activité publique. Au bord du Jourdain, Jean, fils de Zacharie et d'Élisabeth, annonce la venue du Messie et administre le baptême de pénitence. Il dit : "Pour moi, je vous baptise avec de l'eau, mais vient le plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales : lui vous
baptisera dans l'Esprit Saint et le feu"
[65].
Jean-Baptiste annonce le Messie-Christ non seulement comme celui qui "
vient" dans l'Esprit Saint, mais aussi comme celui qui "
porte" l'Esprit Saint, comme Jésus le révélera mieux au Cénacle. Jean se fait ici l'écho fidèle des paroles d'Isaïe, qui concernaient l'avenir chez le prophète ancien, tandis que dans son enseignement sur les rives du Jourdain, elles constituent l'introduction immédiate à la réalité messianique nouvelle. Jean n'est pas seulement prophète, il est aussi messager : il est le précurseur du Christ. Ce qu'il annonce se réalise aux yeux de tous. Jésus de Nazareth vient au Jourdain pour recevoir, lui aussi, le baptême de pénitence. En voyant celui qui arrive, Jean proclame : "Voici l'agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde"
[66]. Il dit cela sous l'inspiration du Saint-Esprit
[67] et rend témoignage à l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe. En même temps, il proclame la foi en la mission rédemptrice de Jésus de Nazareth. Sur les lèvres de Jean-Baptiste, "Agneau de Dieu" est une expression de la vérité sur le Rédempteur qui n'a pas moins de portée que celle de "Serviteur du Seigneur".
Ainsi, par le témoignage de Jean au Jourdain, Jésus de Nazareth, rejeté par ses compatriotes, se trouve
manifesté aux yeux d'Israël comme le Messie, c'est-à-dire "l'Oint" de l'Esprit Saint. Et ce témoignage est confirmé par un autre témoignage supérieur, mentionné par les trois synoptiques. En effet, quand tout le peuple fut baptisé et tandis que Jésus, ayant reçu le baptême, se trouvait en prière, "le ciel s'ouvrit, et l'Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe"
[68] et, en même temps, "voici qu'une voix venue des cieux disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur""
[69].
C'est une théophanie trinitaire, qui est un témoignage rendu à la glorification du Christ à l'occasion de son baptême dans le Jourdain. Non seulement elle confirme le témoignage de Jean-Baptiste, mais elle dévoile une dimension encore plus profonde de la vérité sur Jésus de Nazareth comme Messie. Il est dit : le Messie est le Fils bien-aimé du Père. Son investiture solennelle ne se réduit pas à la mission messianique du "Serviteur du Seigneur". À la lumière de la théophanie du Jourdain, c'est le mystère de la Personne même du Messie qui est exalté. Il est glorifié parce qu'il est Fils de la complaisance divine. La voix d'en haut dit : "Mon Fils".
20. La théophanie du Jourdain n'éclaire que fugitivement le mystère de Jésus de Nazareth dont toute l'activité se déroulera en présence de l'Esprit Saint
[70]. Ce mystère sera révélé par Jésus lui-même et peu à peu confirmé à travers tout ce qu'il "a fait et enseigné"
[71]. Dans la ligne de cet enseignement et des signes messianiques que Jésus accomplit avant de parvenir au discours d'adieu du Cénacle, nous rencontrons des événements et des paroles qui représentent des moments particulièrement importants de cette révélation progressive. Ainsi l'évangéliste Luc, qui a déjà présenté Jésus "rempli d'Esprit Saint" et "mené par l'Esprit à travers le désert"
[72], nous apprend que, après le retour des soixante-douze disciples de la mission que le Maître leur avait confiée
[73], alors que, tout joyeux, ils décrivaient le fruit de leur travail, à cette heure même, Jésus "
tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et dit : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir""
[74]. Jésus exulte à cause de la paternité divine ; il exulte parce qu'il lui est donné de révéler cette paternité ; il exulte, enfin, parce qu'il y a comme un rayonnement particulier de cette paternité divine sur les "petits". Et l'évangéliste qualifie tout cela de "tressaillement de joie dans l'Esprit Saint".
Un tel tressaillement de joie, en un sens, entraîne Jésus à dire encore davantage. Écoutons : "Tout m'a été remis par mon
Père, et nul ne sait qui est le Fils si ce n'est le Père, ni qui est le Père si ce n'est
le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler"
[75].
21. Ce qui, au cours de la théophanie du Jourdain, est venu pour ainsi dire "de l'extérieur" d'en haut, provient ici "de l'intérieur", c'est-à-dire
du plus profond de ce qu'est Jésus. C'est une autre révélation du Père et du Fils, unis dans l'Esprit Saint. Jésus parle seulement de la paternité de Dieu et de sa propre filiation ; il ne parle pas explicitement de l'Esprit qui est Amour et, par là, union du Père et du Fils. Néanmoins,
ce qu'il dit du Père et de lui-même comme Fils résulte de la plénitude de l'Esprit qui est en lui, qui remplit son cœur, pénètre son propre "Moi", inspire et vivifie en profondeur son action. De là, ce "tressaillement de joie dans l'Esprit Saint". L'union du Christ avec l'Esprit Saint, dont il a une parfaite conscience, s'exprime dans ce "tressaillement de joie" qui, en un sens, rend "perceptible" sa source secrète. Il en résulte une manifestation et une exaltation particulières qui sont propres au Fils de l'homme, au Christ-Messie dont l'humanité appartient à la personne du Fils de Dieu, substantiellement un avec l'Esprit Saint dans la divinité.
Dans sa magnifique confession de la paternité de Dieu, Jésus de Nazareth se manifeste aussi lui-même, il manifeste son "Moi" divin : il est en effet le Fils "de la même substance", c'est pourquoi "nul ne sait qui est le Fils si ce n'est le Père, ni qui est le Père si ce n'est le Fils", ce Fils qui "pour nous et pour notre salut" s'est fait homme par l'Esprit Saint et est né d'une Vierge dont le nom était Marie.
6. "Recevez l'Esprit Saint", dit le Christ ressuscité
22. Grâce à son récit, Luc nous conduit à un point extrêmement proche de la vérité comprise dans le discours au Cénacle. Jésus de Nazareth, "exalté" dans l'Esprit Saint, se présente au cours de ce discours et de cet entretien comme
celui qui "porte" l'Esprit, comme celui qui doit le porter et le "donner" aux Apôtres et à l'Église au prix de son "départ" par la Croix.
Par le verbe "porter" on entend ici
avant tout "révéler". L'Ancien Testament, depuis le
Livre de la Genèse, a fait connaître en quelque sorte l'Esprit de Dieu d'abord comme le "
souffle" de Dieu qui donne la vie, comme "
un souffle vital" surnaturel. Dans le
Livre d'Isaïe, il est présenté comme un "
don" pour la personne du Messie, comme celui qui vient sur lui pour guider de l'intérieur toute son activité salvifique. Au bord du Jourdain, l'annonce d'Isaïe a revêtu une forme concrète : Jésus de Nazareth est celui
qui vient dans l'Esprit Saint et le porte comme le don propre de sa
Personne même, pour le répandre grâce à son humanité : "Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint"
[76]. Dans l'évangile de Luc, cette révélation de l'Esprit Saint est confirmée et enrichie, présentée
comme la source intime de la vie et de l'action messianique de Jésus Christ.
À la lumière de ce que Jésus dit dans le discours après la Cène, l'Esprit Saint est révélé d'une manière nouvelle et plus ample. Il n'est
pas seulement le don à la personne (à la personne du Messie), mais il
est une Personne-Don. Jesus annonce sa venue comme celle d'"un autre Paraclet" qui, étant l'Esprit de vérité, conduira les Apôtres et l'Église "à la vérité tout entière"
[77]. Cela s'accomplira en raison de la communion particulière qui existe entre l'Esprit Saint et le Christ : "C'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera"
[78]. Cette communion a sa
source première dans le Père : "Tout ce qu'a le Père est à moi. Voilà pourquoi j'ai dit que c'est de mon bien qu'il reçoit et qu'il vous le dévoilera"
[79]. Venant du Père, l'Esprit Saint est envoyé d'auprès du Père
[80]. L'Esprit Saint a
d'abord été envoyé
comme don au Fils qui s'est fait homme, pour accomplir les prophéties messianiques. Après le "départ" du Christ-Fils, suivant le texte johannique, l'Esprit Saint "
viendra" directement- c'est sa mission nouvelle - pour achever l'œuvre du Fils. Ainsi, c'est lui qui mènera à son accomplissement l'ère nouvelle de l'histoire du salut.
23. Nous nous trouvons au seuil de l'événement pascal. La révélation nouvelle et définitive de l'Esprit Saint comme Personne qui
est le Don s'accomplit précisément à ce moment. Les
événements de Pâques- la passion, la mort et la résurrection du Christ - sont aussi le
temps de la nouvelle venue de l'Esprit Saint comme Paraclet et Esprit de vérité. C'est le temps du "nouveau commencement" du don que le Dieu un et trine fait de lui-même à l'humanité dans l'Esprit Saint par l'action du Christ Rédempteur. Ce nouveau commencement est la rédemption du monde : "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique"(81
Jn 3,16). Déjà, dans le fait de "donner" le Fils,
dans le don du Fils, s'exprime l'essence la plus profonde de Dieu qui, comme Amour, est une source inépuisable de libéralité. Dans le don
fait par le Fils s'achèvent la révélation et la libéralité de l'Amour éternel :
l'Esprit Saint, qui dans les profondeurs insondables de la divinité est une Personne-Don, par l'œuvre du Fils, c'est-à-dire par le mystère pascal, est donné d'une manière nouvelle aux Apôtres et à l'Église et, à travers eux, à l'humanité et au monde entier.
24. L'expression définitive de ce mystère apparaît le
jour de la Résurrection. En ce jour, Jésus de Nazareth, "issu de la lignée de David selon la chair", comme l'écrit l'Apôtre Paul, est "établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts"(82
Rm 1,3-4). On peut donc dire que l'"exaltation" messianique du Christ dans l'Esprit Saint atteint son sommet dans la Résurrection ; il se révèle alors comme
Fils de Dieu, "rempli de puissance". Et cette puissance, dont les sources jaillissent dans l'insondable communion trinitaire, se manifeste avant tout dans le fait que si, d'une part, le Christ ressuscité réalise la promesse de Dieu déjà exprimée par la voix du prophète : "Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau,... mon esprit" (83
Ez 36,26-27 cf.
Jn 7,37-39 Jn 19,34), d'autre part, il accomplit sa propre promesse faite aux Apôtres par ces mots : "Si je pars, je vous l'enverrai" (84
Jn 16,7). C'est lui, l'Esprit de vérité, le Paraclet envoyé par le Christ ressuscité pour nous transformer et faire de nous l'image même du ressuscité
[85].
Écoutons : "Le soir, ce même jour, le premier de la semaine, et les portes étant closes, la ou se trouvaient les disciples, par peur des juifs, Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : "Paix à vous !". Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors, de nouveau : "Paix à vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie". Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : "
Recevez l'Esprit Saint""(86
Jn 20,19-22).
Tous les détails de ce texte clé de l'Évangile de Jean ont une réelle portée, spécialement si nous les relisons en relation avec les paroles prononcées dans le même Cénacle au début des événements de Pâques. Désormais, ces événements - le
triduum sacrum de Jésus que le Père a consacré par l'onction et envoyé dans le monde - atteignent leur achèvement. Le Christ, qui "avait remis l'esprit" sur la Croix (87 Cf.
Jn 19,30) comme Fils de l'homme et Agneau de Dieu, une fois ressuscité, va vers les Apôtres pour "
souffler sur eux" avec la puissance dont parle la
Lettre aux Romains (88 Cf.
Rm 1,4). La venue du Seigneur remplit de joie ceux qui sont présents : "Leur tristesse se change en joie" (89 Cf.
Jn 16,20), comme il l'avait déjà promis lui-même avant sa passion. Et surtout l'annonce essentielle du discours d'adieu se réalise : le Christ ressuscité, comme inaugurant une création nouvelle, "
porte" aux Apôtres l'Esprit Saint. Il le leur porte au prix de son "départ" ; il leur donne cet Esprit en quelque sorte à travers les plaies de sa crucifixion : "Il leur montra ses mains et son côté". C'est en vertu de cette crucifixion qu'il leur dit : "Recevez l'Esprit Saint".
Un lien étroit s'établit ainsi entre
l'envoi du Fils et celui de l'Esprit Saint. L'envoi de l'Esprit Saint (après le péché originel) ne peut avoir lieu sans la Croix et la Résurrection : "Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous"(90
Jn 16,7). Un lien étroit s'établit aussi entre
la mission de l'Esprit Saint et celle du Fils dans la Rédemption. La mission du Fils, en un sens, trouve son "achèvement" dans la Rédemption. La mission de l'Esprit Saint "découle" de la Rédemption : "C'est de mon bien qu'il reçoit et il vous le dévoilera" (91
Jn 16,15). La
Rédemption est accomplie pleinement par le Fils comme l'Oint qui est venu et a agi par la puissance de l'Esprit Saint, s'offrant lui-même à la fin en sacrifice suprême sur le bois de la Croix. Et cette Rédemption est aussi
accomplie continuellement dans les cœurs et les consciences des hommes - dans l'histoire du monde - par l'Esprit Saint qui est l'"autre Paraclet".
7. L'Esprit Saint et le temps de l'Église
25. "Une fois achevée l'ouvre que le Père avait chargé son Fils d'accomplir sur la terre (cf.
Jn 17,4),
le jour de la Pentecôte, l'Esprit Saint fut envoyé qui devait sanctifier l'Église en permanence et procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l'unique Esprit, l'accès auprès du Père (cf.
Ep 2,18). C'est lui, l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissant pour la vie éternelle (cf.
Jn 4,14 Jn 7,38-39), par qui le Père donne la vie aux hommes que le péché avait fait mourir, en attendant de ressusciter dans le Christ leur corps mortel (cf.
Rm 8,10-11) "
[92].
C'est ainsi que le Concile Vatican II parle de
la naissance de l'Église le jour de la Pentecôte. L'événement de la Pentecôte constitue la manifestation définitive de ce qui s'était accompli dans le même Cénacle dès le dimanche de Pâques. Le Christ ressuscité vint et "porta" aux Apôtres l'Esprit Saint. Il le leur donna en disant : "Recevez l'Esprit Saint". Ce qui s'était produit
alors à l'intérieur du Cénacle, "les portes closes", plus tard, le jour de la Pentecôte, fut manifesté aussi à l'extérieur, devant les hommes. Les portes du Cénacle s'ouvrent et les Apôtres se dirigent vers les habitants et les pèlerins rassemblés à Jérusalem à l'occasion de la fête, pour rendre témoignage au Christ par la puissance de l'Esprit Saint. Ainsi se réalise la parole de Jésus : "Il me rendra témoignage ;
mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement"
[93].
Nous lisons dans un autre document du Concile Vatican II : "Sans aucun doute, le Saint-Esprit était déjà à l'œuvre dans le monde avant la glorification du Christ. Pourtant, le jour de la Pentecôte, il descendit sur les disciples pour demeurer avec eux à jamais : l'Église se manifesta publiquement devant la multitude, la diffusion de l'Évangile commença avec la prédication parmi les païens"
[94]. Le
temps de l'Église a commencé par la "venue", c'est-à-dire par la descente de l'Esprit Saint sur les Apôtres réunis au Cénacle de Jérusalem avec Marie, la Mère du Seigneur
[95]. Le temps de l'Église a commencé au moment ou les
promesses et les prophéties qui se rapportaient de manière très explicite au Paraclet, à l'Esprit de vérité, ont commencé à se réaliser sur les Apôtres avec puissance et de toute évidence, déterminant ainsi la naissance de l'Église
. Les Actes des Apôtres parlent de cela fréquemment, en de nombreux passages. Il en résulte que, suivant la conscience de la communauté primitive dont Luc exprime les certitudes
, l'Esprit Saint a assuré la conduite, de manière invisible mais d'une certaine façon "perceptible", de ceux qui, après le départ du Seigneur Jésus, avaient profondément le sentiment d'être restés orphelins. Par la venue de l'Esprit Saint, ils se sont sentis aptes à accomplir la mission qui leur avait été confiée. Ils se sont sentis pleins de force. C'est là précisément l'action de l'Esprit Saint en eux, et c'est son action constante dans l'Église par leurs successeurs. En effet, la grâce de l'Esprit Saint, que les Apôtres ont donnée à leurs collaborateurs par l'imposition des mains, continue à être transmise par l'ordination épiscopale. Puis, par le sacrement de l'ordre, les évêques font participer les ministres sacrés à ce don spirituel, et ils font en sorte que tous ceux qui sont renés de l'eau et de l'Esprit en soient fortifiés par le sacrement de la confirmation ; d'une certaine façon, la grâce de la Pentecôte est ainsi perpétuée dans l'Église.
Comme l'écrit le Concile, "
l'Esprit demeure dans l'Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple (cf.
1Co 3,16 1Co 6,19), en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption (cf.
Ga 4,6 Rm 8,15-16 Rm 8,26). Cette Église qu'il
introduit dans la vérité tout entière (cf.
Jn 16,13), qu'il unifie par la communion et le ministère, l'Esprit lui fournit ses moyens d'action et la dirige par la diversité de ses dons hiérarchiques et charismatiques, et il l'embellit par ses fruits (cf.
Ep 4,11-12 1Co 12,4 Ga 5,22). Par la vertu de l'Évangile, il
rajeunit l'Église et il
la renouvelle sans cesse, l'acheminant à l'union parfaite avec son Époux"
[96].
26. Les passages cités de la Constitution conciliaire
Lumen gentium nous disent que, par la venue de l'Esprit Saint, commença le temps de l'Église. Ils nous disent aussi que ce temps,
le temps de l'Église, continue. Il dure
au cours des siècles et des générations. En notre siècle, ou l'humanité est désormais proche de la fin du deuxième millénaire après le Christ, ce temps de l'Église a été particulièrement exprimé
dans le Concile Vatican II, le concile de notre siècle. On sait, en effet, qu'il a été spécialement un concile "ecclésiologique" :
un concile sur le thème de l'Église. En même temps, l'enseignement de ce Concile est essentiellement "pneumatologique",
pénétré de la vérité sur l'Esprit Saint, âme de l'Église. Nous pouvons dire que, dans la richesse de son magistère, le Concile Vatican II contient à proprement parler tout ce "que l'Esprit dit aux Églises"
[97] en fonction de la période actuelle de l'histoire du salut.
Guidé par l'Esprit de vérité et rendant témoignage avec lui, le Concile a donné une particulière
confimation de la présence de l'Esprit Saint-Paraclet. En un sens, il l'a rendu nouvellement "présent" dans notre époque difficile. On comprend mieux, à la lumière de cette conviction, la grande importance de toutes les initiatives tendant à la réalisation de Vatican II, de son magistère et de sa visée pastorale et œcuménique. Dans cette perspective, il convient de prendre en considération et d'apprécier
les Assemblées du Synode des Évêques, réunies par la suite, qui ont eu pour but de permettre que les fruits de la Vérité et de l'Amour - les fruits authentiques de l'Esprit Saint - deviennent un bien durable du Peuple de Dieu dans son pèlerinage terrestre au cours des siècles. Ce travail de l'Église est indispensable, car il est destiné à vérifier et à consolider les fruits salvifiques de l'Esprit accordés au Concile. À cette fin, il est nécessaire de savoir les "discerner" attentivement par rapport à tout ce qui peut, au contraire, provenir en premier lieu du "Prince de ce monde"
[98]. Ce discernement est d'autant plus nécessaire dans la réalisation de l'œuvre du Concile que celui-ci s'est
largement ouvert au monde contemporain, comme on le voit clairement dans les Constitutions importantes
Gaudium et spes et
Lumen gentium.
Nous lisons dans la Constitution pastorale : "Leur communauté (celle des disciples du Christ)... s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement
solidaire du genre humain et de son histoire"
[99]. "L'Église sait parfaitement que Dieu seul, dont elle est la servante, répond aux plus profonds désirs du cœur humain que jamais ne rassasient pleinement les nourritures terrestres"
[100]. "
L'Esprit de Dieu.... par une providence admirable,
conduit le cours des temps et rénove la face de la terre"
[101].